Culture: Salim Shaheen, un réalisateur afghan qui se terre chez lui à Kaboul et rêve d'exil

Afghanistan : "C'est à la fois terrible et intéressant de voir se monter l'Etat taliban"

  Afghanistan : Fine observatrice de ce pays où elle se rend régulièrement depuis dix ans, la grand reporter Solène Chalvon-Fioritti est de retour en Afghanistan, trois mois après le retour au pouvoir des talibans. Elle nous répond depuis Kaboul, la capitale. GEO.fr : à quoi ressemble Kaboul, trois mois après le changement de pouvoir ?Solène Chalvon-Fioritti : C'est un décor malheureusement assez gris, assez triste. Je ne reconnais plus vraiment la ville. Il y a des talibans partout : à tous les checkpoints, sur les anciens pick-up de l'armée afghane, ils sont presque dans toutes les rues.

Acclamé à Cannes en 2017 lors de la projection d'un documentaire sur lui, le réalisateur afghan Salim Shaheen ne rêve que d'une chose : pouvoir quitter son pays pour reprendre le cinéma.

  Salim Shaheen, un réalisateur afghan qui se terre chez lui à Kaboul et rêve d'exil © Fournis par franceinfo

En 2017, il paradait sur le tapis rouge du Festival de Cannes. Mais quatre ans plus tard, Salim Shaheen, réalisateur afghan haut en couleurs qui a 125 films de série B à son actif, est terré chez lui à Kaboul, terrifié par les talibans.

Salim Shaheen est l'exubérance incarnée. Il rit fort, crie, lève les mains au ciel. L'homme de 56 ans parle volontiers de lui à la troisième personne et se comporte comme s'il jouait dans l'un de ses films, du Bollywood afghan à petit budget. Alors quand on l'interroge sur ses souvenirs du festival de Cannes, il explose.

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 fille afghane du célèbre portrait de couverture est évacuée en Italie Rome (AP) - Les yeux célèbres "afghans" afghans "de la magazine géographique nationale" Afghans "sont arrivés en Italie dans le cadre de l'évacuation des Afghans de l'Ouest après la prise de contrôle des talibans du pays, le Le gouvernement italien a déclaré jeudi.

"Ça a été le plus beau jour de ma vie !", dit-il en s'agitant. "Tous les Français me connaissent. Ils criaient 'Shaheen! Shaheen !'. J'étais surpris qu'ils me connaissent, puis j'ai compris que mon film était déjà dans les cinémas." En réalité, ce n'était pas "son" film qui était présenté à Cannes, mais un documentaire sur lui, Nothingwood, dans lequel la journaliste Sonia Kronlund suivait Shaheen en train de tourner son 111e film.

Acclamé à Cannes

Le réalisateur et acteur afghan avait bien été accueilli par une standing ovation longue de plusieurs minutes après la projection presse, comme l'écrivait alors l'AFP.

Ce temps semble bien lointain. Même si Salim Shaheen, un cinéaste très connu dans son pays, n'a pas reçu de menace directe des talibans, il vit désormais dans la peur des islamistes radicaux qui ont pris le pouvoir mi-août après deux décennies d'insurrection. "J'ai peur. Je reste à la maison. (...) Je ne suis pas un gars ordinaire pour sortir et marcher dans la rue. Je suis Salim Shaheen, j'ai fait 125 films", dit-il en prenant son air le plus grave.

"fille afghane" de 1985 la couverture géographique nationale est évacuée en Italie à 49

 © Stan Honda / AFP via Getty Images / Haroon Sabawoon / Anadolu Agency / Getty Images Sharbat Gula, les yeux écologiques "afghan" dans un Renown 1985 Photo de couverture géographique nationale, décrite lorsque la photo a été prise en 1984 (à gauche) et à nouveau en 2016 (à droite). Stan Honda / AFP via Getty Images / Haroon Sabawoon / Anadolu Agency / Getty Images "Afghan Girl" Qui était sur la couverture de National Geographic en 1985, il vient d'évacuer en Italie.


Vidéo: À Kaboul, les Afghans face à la menace d'un effondrement économique (AFP)

A l'arrivée des talibans à Kaboul le 15 août, il a brûlé des dizaines d'affiches de ses films. Il n'en reste plus que deux dans la salle vide, où, dit-il, il recevait le tout-Kaboul pour des projections.

Départ manqué pour la France en août

Bien sûr, il a essayé de quitter l'Afghanistan en août. Il était, dit-il, sur des listes de la France. "Je devais partir le jour où il y a eu l'explosion à l'aéroport. Nous étions le quatrième véhicule à entrer dans l'aéroport quand l'explosion a eu lieu. Nous avons reçu un message nous demandant de quitter la zone." L'attaque revendiquée par l'organisation Etat islamique a fait plus de 100 morts le 26 août.

Depuis, il est "bloqué ici", avec les douze membres de sa famille. "Tous les acteurs et les actrices de mes films sont désormais en France. (...) Je veux aller dans un endroit où je pourrai reprendre le cinéma."

Le truc de restauration secrete pour réduire l'inflammation, dit docteur

 Le truc de restauration secrete pour réduire l'inflammation, dit docteur © Karim Jaafar / AFP Taliban SUHAIL Shaheen, a déclaré que le président afghan Ashraf Ghani devra être supprimé pour qu'une transaction de paix soit atteinte en Afghanistan. Les membres de la délégation des talibans examinent lors de la présentation de la déclaration finale des entretiens de paix entre le gouvernement afghan et les talibans de la capitale de Qatar Doha du 18 juillet 2021.

Car son cinéma ne colle pas vraiment avec l'Afghanistan des talibans. Il puise son inspiration à Bollywood. Ses films flirtent avec tous les genres, action, drame, comédie, policier... On y chante (souvent faux), on y danse, on y joue en criant. Un cinéma à son image, exubérant, et aussi improvisé, fait de bric et de broc. "La plupart de mes films abordent des sujets sociaux, les violences faites aux femmes, la drogue, jamais des questions politiques."

Les répliques de ses films sont cultes dans les rues de Kaboul

A Kaboul, prononcer son nom déclenche généralement un sourire. Le personnage est connu pour son talent pour l'exagération. Son cinéma n'est pas du goût des Afghans éduqués, mais a trouvé son public dans les classes populaires. "Les gens dans les conversations reprenaient les répliques de mes films", dit-il. "Bigi khuda", ou "contrôlez-vous", tout comme "Maza sare maza", "joie après joie", avaient trouvé leur place un temps dans les rues.

Au ministère de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice, on martèle que "les films contre la culture afghane et la culture islamique ne sont pas autorisés". Rien de précis concernant Salim Shaheen : "Je n'ai pas vu ses films, donc je ne peux pas commenter", se contente de dire un porte-parole. Mais mi-novembre, ce ministère a appelé les télévisions afghanes à ne plus diffuser de séries montrant des femmes, dans le cadre de nouvelles "directives religieuses".

"C'est impossible de faire des films sans femme", commente Salim Shaheen. "Le cinéma est mort en Afghanistan, et Salim Shaheen est mort avec !", proclame le réalisateur. Il vient de terminer de monter ses trois derniers films, sans savoir s'ils seront un jour diffusés. Alors à défaut de jouer devant la caméra, il s'amuse dans la petite cour de sa maison : il prend la pose sans se faire prier et se met à s'agiter pour jouer l'un des personnages qui lui étaient si chers.

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L’Émirat islamique d’Afghanistan, instauré par les talibans depuis mi-août, prive les femmes d’accès aux écoles, sans parler des universités, à partir de 8 ans. Au milieu du chaos, dissimulées à Kaboul, des jeunes filles, judokates, bravent les interdits. Une petite pièce au cœur d’un quartier de la minorité chiite Hazara de Kaboul accueille, trois fois par semaine, une vingtaine de filles de 12 à 24 ans. Vêtues de véritables tenues de judokates, la tête recouverte d’un léger voile, les jeunes combattantes pratiquent le ju-jitsu sous le regard bienveillant de leurs pères.

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