Entreprise: Course au vaccin: pourquoi Sanofi est en retard face à Pfizer, AstraZeneca ou Moderna

Comment fonctionne le vaccin AstraZeneca / Oxford?

 Comment fonctionne le vaccin AstraZeneca / Oxford? Le vaccin AstraZeneca / Université d'Oxford est devenu le dernier vaccin contre les coronavirus approuvé pour une utilisation au Royaume-Uni. © Paul Ellis Le Premier ministre Boris Johnson tient un flacon du vaccin Oxford / AstraZeneca Candidat-vaccin Covid-19 (Paul Ellis / PA) - Comment fonctionne le vaccin AstraZeneca / Oxford? Le vaccin - appelé ChAdOХ- $ nCoV-19 - utilise une version inoffensive et affaiblie d'un virus commun qui provoque un rhume chez les chimpanzés.

Sanofi © Christian Hartmann Sanofi

La Big Pharma tricolore, leader mondial concernant les ventes de vaccins pédiatriques et grippaux, ne livrera son remède anti-Covid que fin 2021. Plusieurs mois après ceux des rivaux (Pfizer, AstraZeneca) et des biotechs championnes de l'ARN Messager comme Moderna ou BioNTech.

Aveu d’impuissance. Le 7 janvier, 24 heures à peine après le feu vert donné par l’Agence européenne des médicaments (EMA) à un deuxième vaccin, celui de la biotech américaine Moderna, Sanofi acte officiellement son retard pris sur la concurrence. "Nous évaluons actuellement en interne la potentielle faisabilité technique de l'exécution de certaines étapes de fabrication pour soutenir d'autres fabricants de vaccins Covid-19", concède le géant pharmaceutique. Outre les champions précoces de l’ARN Messager, Pfizer/BioNTech et Moderna qui disposent déjà du label européen, les vaccins d’AstraZeneca, CureVac ou Johnson & Johnson sont dans les starting-blocks pour obtenir de l’EMA le précieux sésame.

Covid: comment les vaccins contre les coronavirus Oxford-AstraZeneca, Pfizer-BioNTech et Moderna comparent

 Covid: comment les vaccins contre les coronavirus Oxford-AstraZeneca, Pfizer-BioNTech et Moderna comparent Vaccins Maintenant, le vaccin Oxford-AstraZeneca a été approuvé pour une utilisation au Royaume-Uni , avec le jab Pfizer-BioNTech - et à la lumière de le changement surprise de a annoncé au plan de déploiement - de nombreux Britanniques font de nouveaux efforts pour en savoir le plus possible sur les différentes options.

Leader mondial concernant les ventes de vaccins pédiatriques et grippaux et numéro trois tous vaccins confondus, Sanofi a raté son sprint, devancé dans cette course effrénée par la plupart des Big Pharma et biotechs. Résultat : les deux vaccins sur lesquels travaille le groupe dirigé par le britannique Paul Hudson ne sont attendus que pour fin 2021. Le plus avancé, celui à base de protéine recombinante mis au point avec le mastodonte britannique GSK et dont l’Union européenne a commandé 200 millions de doses, aurait dû être disponible à la fin du printemps sans une erreur de sous-dosage de l’antigène du vaccin.

Au moins quatre mois de perdus

"Ce problème technique nous coûte quatre mois", précise la société qui espère passer en phase 3, celle qui permet de jauger l’efficacité d’un vaccin et sa tolérance par l’organisme, lors du deuxième trimestre 2021. Celle-ci pourrait aussi poser son lot de difficultés au groupe français puisque le recrutement de volontaires ne s'annonce pas aisé avec des vaccins concurrents déjà sur le marché. "Pour remédier à cela, nous comparerons notre vaccin avec ceux qui sont autorisés et non avec un placebo", fait-on valoir chez Sanofi.

Comment fonctionne le vaccin Oxford / AstraZeneca?

 Comment fonctionne le vaccin Oxford / AstraZeneca? Le vaccin développé par l'Université d'Oxford et AstraZeneca sera déployé à partir de lundi alors que le NHS intensifie son programme de vaccination contre les coronavirus. © Gareth Fuller Le vaccin développé par l'Université d'Oxford et AstraZeneca sera déployé à partir de lundi (Gareth Fuller / PA) Ici, l'agence de presse PA examine la science derrière le jab.


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Comment expliquer cette contre-performance de la part du champion tricolore dont la branche dédiée aux vaccins (Sanofi Pasteur) a réalisé 16% du chiffre d’affaires du groupe en 2019 (5,1 milliards d’euros) ? "Contrairement à certains géants anglo-saxons, Sanofi n’a pas suffisamment anticipé la révolution portée par les biotechs, répond Nathalie Coutinet, économiste de la santé. L’industrie pharmaceutique française utilise principalement les techniques chimiques traditionnelles et souffre d’un retard technologique lié à des investissements de R&D en dents de scie".

Face à ces critiques, le géant français rétorque notamment qu’il a su prendre le virage de l’ARN Messager puisque le second vaccin sur lequel il collabore avec la biotech américaine Translate Bio est basé sur cette technique. "S'agissant de la R&D, le groupe a rectifié le tir, notamment depuis la nomination de Paul Hudson en 2019, observe un familier de la maison. Et puis l'acquisition de Kymab montre bien que l'ambition est là". Cette société biopharmaceutique, spécialisée dans le développement clinique d'anticorps monoclonaux, vient d'être rachetée 1,1 milliard de dollars par Sanofi. Elle pourrait lui permettre de développer un médicament pour le traitement de diverses maladies auto-immunes et inflammatoires.

Moderna devient le troisième vaccin approuvé pour une utilisation au Royaume-Uni

 Moderna devient le troisième vaccin approuvé pour une utilisation au Royaume-Uni Le vaccin COVID-19 de © AP Photo / Paul Sancya, Pool Les boîtes contenant le vaccin Moderna COVID-19 sont prêtes à être expédiées. AP Photo / Paul Sancya, Pool Le Royaume-Uni a approuvé le vaccin COVID-19 développé par Moderna, qui s'est avéré efficace à 94% lors des essais de phase avancée en novembre. Le gouvernement britannique a commandé 17 millions de doses de vaccin Moderna, mais il est peu probable qu'il soit déployé avant mars, selon un communiqué.

Victime de la Blitz Krieg de 2020

Grande victime de la Blitz Krieg de 2020, Sanofi a toutefois des raisons d’espérer en 2021 voire plus certainement 2022. "Aujourd’hui les concurrents sont nettement devant mais le marché va connaître plusieurs phases, souligne un conseiller d’Olivier Véran, le ministre de la Santé. Sanofi dispose d’un outil de production puissant et les besoins en vaccination resteront énormes fin 2021, notamment si le virus connaît des mutations". Moins cher et plus facile à conserver que ceux de Pfizer/BioNTech ou Moderna, le vaccin du duo Sanofi/GSK pourrait néanmoins avoir fort à faire avec celui d’AstraZeneca et de l’Université d’Oxford. Annoncé à 2,50 euros la dose contre environ huit euros pour Sanofi, ce vaccin est produit par l'un des grands rivaux de Sanofi, la Big Pharma suédo-britannique qui a demandé une autorisation à l'EMA le 12 janvier.

Ce retard a aussi été escorté par son lot de polémiques. C'est ainsi que début janvier la presse allemande a affirmé que la France avait fait pression pour que Sanofi soit privilégié dans le cadre des achats effectués par la Commission européenne. Ces critiques, relayées par l'eurodéputé Yannick Jadot qui a même parlé de "fiasco industriel français", ont été vivement démenties par le gouvernement. "Ces accusations ne tiennent pas, répond le président de la Commission de l’environnement et de la santé publique au Parlement européen, Pascal Canfin. Lorsque les premiers contrats ont été signés entre des laboratoires et la Commission européenne, personne ne savait quel vaccin allait arriver en premier sur le marché. Pour le reste, il est évident que Sanofi a perdu la première bataille de cette course de vitesse mais ont-ils pour autant perdu la guerre ?". Là est bien toute la question.

Le gros coup des biotechs allemandes

Elles sont parmi les grandes gagnantes de la course au vaccin. En l’espace d’un an, les biotechs allemandes de la santé ont acquis une notoriété planétaire. La plus célèbre d’entre elles, BioNTech a, grâce à sa maîtrise de la technologie de l’ARN Messager, réussi l’exploit de créer en dix mois seulement un vaccin anti-Covid. Fondée par un couple de chercheurs d’origine turque et spécialisée dans les thérapies individualisées contre le cancer, la start-up alliée au géant américain Pfizer a vu sa capitalisation au Nasdaq propulsée à 24 milliards de dollars. Autre pépite outre-Rhin à avoir pris la lumière : CureVac. Également en pointe sur l’ARN Messager, la biotech qui s’est attaché le soutien début janvier du mastodonte de la chimie-pharmacie Bayer, devrait mettre son vaccin sur le marché d’ici fin 2021.

Pfizer pousse Santé Canada à augmenter les doses de vaccin par flacon à mesure que la demande augmente .
© Sven Hoppe / Getty Images Un employé de la Croix-Rouge bavaroise (BRK) prépare le vaccin Biontech / Pfizer contre le virus corona SARS-CoV-2 pour la vaccination dans un centre de vaccination.

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