Immobilier: Sobriété énergétique à Paris: derrière la tour Eiffel, la forêt de logements à rénover d’urgence

Rénovation énergétique : MaPrimeRénov' bientôt augmentée ?

  Rénovation énergétique : MaPrimeRénov' bientôt augmentée ? Le dispositif MaPrimeRénov', mis en place il y a deux ans pour encourager à la rénovation énergétique, pourrait voir son budget augmenté dans le projet de loi de finances 2023. Il l'avait annoncé lorsqu'il était candidat à la présidentielle. Emmanuel Macron souhaite augmenter les aides à la rénovation énergétique de MaPrimeRénov'.

tour Eiffel © JEANNE ACCORSINI/SIPA tour Eiffel

Pour réduire sa facture énergétique la ville de Paris éteint sa tour Eiffel, ses monuments, et baisse la température de ses bâtiments. Mais à Paris, la vraie urgence en matière de sobriété énergétique se situe ailleurs, dans le parc de logement privés, sur lequel la ville tente d'influer sans grands moyens.

Elle s'arrêtera de scintiller à partir de 23h45 précises ce soir. Conformément au plan d’urgence de sobriété énergétique annoncé par la mairie de Paris, l'extinction des feux de la tour Eiffel est avancée à compter d'aujourd'hui contre une heure du matin en temps normal. La capitale veut faire de la Dame de fer un symbole de ses efforts pour faire face à la crise énergétique. Un symbole qui ne représente en réalité qu'une goutte d’eau pour réduire ses factures de gaz et d’électricité. Ces dernières ont flambé cette année respectivement de 110% et 134%. Avec la réduction de température des bâtiments publics et piscines et la fin de l’éclairage des mairies d’arrondissement et des musées, la ville espère réduire ses consommations de 10% en deux ans, comme demandé au plan national.

Tout ce qu'il faut savoir sur le plan pluriannuel obligatoire de travaux

  Tout ce qu'il faut savoir sur le plan pluriannuel obligatoire de travaux PRATIQUE - Les copropriétés de plus de 15 ans devront établir un plan pluriannuel de travaux (PPT). Réduction de la consommation d’énergie et entretien des bâtiments sont les moteurs de cette loi. Mis de côté en 2019, le projet de loi rendant obligatoire un plan pluriannuel de travaux (PPT) dans les copropriétés a finalement été voté le 22 août 2021. Ce texte fait partie de la loi climat et résilience, visant notamment à lutter contre le dérèglement climatique et à réaliser des économies d’énergie.

Mais dans la capitale, les bâtiments publics et services municipaux représentent là encore une part infime de la consommation énergétique parisienne: 4% au total. Le titre du plus gros consommateur d'énergie revient… aux copropriétés privées, qui avalent 40% du gâteau énergétique. Loin devant les bureaux (16%), l’Etat (7%) ou encore les hôtels, cafés et restaurants (6%). Sur 1,4 million de résidences principales que compte la ville lumière, la mairie n’a pourtant concrètement la mainmise que sur ses 250.000 logements sociaux (9% des consommations). “Nous en rénovons 5.000 par an pour un budget de 600 millions d’euros et un investissement de l'Etat de 18 millions d'euros, mais nous devons d’urgence accélérer la cadence du parc privé”, reconnaît Jacques Baudrier, adjoint en charge de la transition écologique du bâti.

Passoires thermiques : un bailleur sur trois entend louer son logement malgré l’interdiction

  Passoires thermiques : un bailleur sur trois entend louer son logement malgré l’interdiction Malgré la prochaine entrée en vigueur de l’interdiction de louer des passoires thermiques, seuls 32% des bailleurs de logements énergivores entendent engager des travaux. Pire : 31% comptent tout bonnement continuer de louer leurs biens en l’état. Comment les bailleurs anticipent-ils l’entrée en vigueur de l’interdiction de location des passoires thermiques ? En vertu de la loi Climat et résilience de 2021, les biens notés F et G en diagnostic de performance énergétique (DPE) seront progressivement interdits de mise en location, entre janvier 2023 et janvier 2028.

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Peu de copropriétés rénovées dans les faits

C'est notamment l'objectif de son programme de rénovation énergétique géré par l’Agence parisienne du climat, Eco-rénovons Paris lancé en 2016 et Eco-rénovons Paris Plus, lancé en septembre. A travers une plateforme en ligne baptisée Coachcopro, Eco-rénovons se revendique comme le guichet unique de rénovation énergétique des copropriétés parisiennes. Le dispositif propose notamment le financement d'une partie de l'audit de consommation d'une résidence et de l’élaboration de scénarios de travaux, à travers un "chèque audit" de la ville de 5.000 euros. La plateforme permet aussi d'élaborer un plan de financement personnalisé en mobilisant notamment les aides disponibles de la mairie, de l'Agence nationale de l'habitat (Anah) et de la métropole du Grand Paris, puis un suivi des habitudes de consommation.

Passoires thermiques: près d’un tiers des bailleurs ne respectent pas la loi

  Passoires thermiques: près d’un tiers des bailleurs ne respectent pas la loi Malgré l’interdiction de louer les pires passoires thermiques qui entrera en vigueur en janvier, 31% des bailleurs s’apprêtent à relouer leur bien énergivore en l’état.Et le résultat est sans appel: 31% des bailleurs veulent le relouer en l’état, allant ainsi à l’encontre de la loi. 6% des sondés préfèrent le proposer à la location de courte durée, qui n’est pas concernée par l’interdiction de louer et 5% veulent récupérer sa gestion. Conclusion: sachant que le choix de récupérer la gestion de son bien peut également être interprété comme une volonté de le relouer en l’état, on arriverait alors à 42% de bailleurs qui veulent relouer leur bien sans procéder à aucune rénovation.

Le bilan de la première édition d'Eco-Rénovons Paris est néanmoins bien maigre. Si la baisse de consommation d’énergie constatée après travaux oscille de 30 à 35% en moyenne par copropriété, seulement 285 copropriétés ont été rénovées (dont 11.000 logements) sur les 47.000 que comprend Paris, soit 0,6% du parc privé, pour un budget total de 22 millions d'euros alloués par la mairie.

Le but est à terme d'accompagner la rénovation de 40.000 logements par an d’ici à 2030 pour coller à la stratégie nationale bas carbone et au Plan climat parisien voté en 2018. Actuellement, on en est loin: la mairie soutient par le biais de ce dispositif les travaux d'à peine... 2.000 logement par an (soit vingt fois moins). Elle ambitionne de tripler ce ratio d’ici la fin de la mandature en visant un rythme de rénovation annuel de 6.000 appartements en 2026. Pour un budget de 58 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 6,7 millions du Grand Paris. "Même si elle atteint ces objectifs, ce sera encore très peu comparé aux besoins, pointe Victor Court, enseignant en macro-économie écologique à l’IFP Energie nouvelles de Rueil-Malmaison avant de s'interroger: la mairie aura-t-elle les moyens de ses ambitions?” En 2021, la dette de la ville s'élevait à 7,7 milliards d’euros, en augmentation de 250% depuis 2010.

Oui, les foyers parisiens les plus aisés consomment davantage d’énergie

  Oui, les foyers parisiens les plus aisés consomment davantage d’énergie Une carte de la consommation d’énergie réalisée par l’Atelier pour l’urbanisme parisien a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux, mais son interprétation sur le manque de sobriété des ménages riches mérite quelques nuances fake off - Une carte de la consommation d’énergie réalisée par l’Atelier pour l’urbanisme parisien a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux, mais son interprétation sur le manque de sobriété des ménages Sur les réseaux sociaux, une carte montrant la consommation annuelle d’énergie des foyers parisiens a été très partagée.

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Le coût rédhibitoire des travaux

Sur le terrain, le dispositif se heurte aussi à de nombreux obstacles. Au premier rang desquels le coût des rénovations, qui ne devrait pas baisser avec la flambée des coûts des matières premières actuelle. La majorité des travaux est supportée par les copropriétaires, la mairie n'intervenant en moyenne qu’à hauteur de 20%. “Un bailleur loue un bien pour gagner de l'argent, pas pour dépenser. L’économie d’énergie n’est pas immédiate: il faut pouvoir compenser la dépense”, rappelle Marie-Christine Zélem, professeur de sociologie à l’université de Toulouse 2, auteure de La sociologie de l’énergie. Gouvernance et pratiques sociales, publié en 2015. Sans oublier qu’à Paris, 97% des copropriétés ont été construites avant les années 1970, et sont donc très énergivores.

Autre entrave: la difficulté à s’accorder entre copropriétaires lors des assemblées générales qui votent les travaux. “L’intérêt particulier passe avant l’intérêt commun. Ceux qui possèdent des appartements ‘chauffés’ par les voisins du dessus et du dessous n’ont pas besoin de rénover leurs biens pour réduire leurs factures” rapporte l’enseignante. Pour elle, les moyens déployés par la mairie ne sont pas à la hauteur des ambitions affichées.

Plan de sobriété énergétique : ce qu’il faut retenir des mesures annoncées par le gouvernement

  Plan de sobriété énergétique : ce qu’il faut retenir des mesures annoncées par le gouvernement Diminution du chauffage et de l’éclairage public, encouragement au télétravail, incitation financière au covoiturage… Pendant un peu plus de trois heures ce jeudi 6 octobre, le gouvernement a dévoilé son plan de sobriété énergétique. On fait le point. Le gouvernement a présenté ce jeudi 6 octobre au Parc des expositions de la porte de Versailles à Paris son plan de sobriété énergétique. L’objectif : baisser la consommation de 10 %, dès maintenant, pour passer l’hiver en pleine crise énergétique en évitant si possible les coupures, notamment d’électricité.

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Confiante en son projet, la mairie ne baisse pas les bras mais en appelle aussi à l’Etat. “Nous sommes toujours en négociation pour les aides de l’Anah sur la deuxième édition de notre programme Eco-rénovons”, confie Jacques Baudrier, qui copilote le programme avec Dan Lert, adjoint chargé de la transition écologique. Une aide plus qu'indispensable pour renforcer l'objectif de réduction de 10% de consommation énergétique en deux ans. Et pour que la tour Eiffel ne s'éteigne pas pour rien.

"Notre facture annuelle de chauffage a fondu de 80.000 à 50.000 euros"

La résidence dans laquelle Jean-Gérard Robichez est copropriétaire, avant et après les travaux de rénovation énergétique. (Crédits: Jean-Gérard Robichez)

Trophée de la plateforme Coachcopro 2021, Jean-Gérard Robichez, copropriétaire d’une résidence dans le XVe arrondissement parisien depuis 2008, est satisfait du programme Eco-Rénovons Paris dont il a bénéficié. La rénovation de l'immeuble dans lequel il habite a coûté au total 1,6 million d’euros, qu’il a cofinancé avec l'ensemble des 80 copropriétaires de sa résidence. Isolation du bâtiment par l'extérieur, amélioration de la ventilation, remplacement des chaudières à fioul par des chaudières à gaz:  "Le coût des travaux par logement variait de 10.000 à 30.000 euros selon leurs superficies", témoigne-t-il. Mais pour chaque logement, la mairie et l'Etat ont financé la moitié des travaux, à hauteur de 22% par la mairie et 23% par l’Etat." Résultat, la copropriété a obtenu une baisse de 63% de consommation d'énergie. La résidence est passée d'une étiquette énergétique E à une étiquette B. “Notre facture annuelle de chauffage a fondu de 80.000 à 50.000 euros. L’hiver dernier, on a déjà senti l’effet de l’isolation”.

Sobriété énergétique : voici comment rénover votre logement pour le rendre “passif” .
Envie de rénover votre maison ou appartement pour le rendre "passif" ? Voici les précieux conseils d'un architecte.On attribue généralement une dimension péjorative au terme “passif”. Mais lorsque cela concerne la consommation énergétique d’un logement, le mot revêt un sens plus que positif. En effet, on dit d’une maison ou d’un appartement nécessitant très peu de consommation énergétique (voire pas du tout) qu’il est “passif”. Complémentaire du logement bas carbone, le logement passif se base sur l’apport de la chaleur extérieure (soleil) et intérieure, qui suffisent à maintenir l’habitat à température ambiante, sans avoir besoin d’allumer le radiateur.

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