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France: Eric Dupond-Moretti et Gérald Darmanin ont-ils menti à propos des lacérations de tentes des migrants ?

Mort de 27 migrants : pour Boris Johnson, la France n’en fait pas suffisamment dans la Manche

  Mort de 27 migrants : pour Boris Johnson, la France n’en fait pas suffisamment dans la Manche Emmanuel Macron a réclamé « une réunion d’urgence des ministres européens concernés par le défi migratoire ». Le Premier ministre Jean Castex tient ce jeudi matin une réunion interministérielle.Le président français Emmanuel Macron avait dans un premier temps annoncé un bilan de 31 morts, mais celui-ci a été revu à la baisse par le ministère de l’Intérieur. Parmi les victimes figurent 17 hommes, dont deux décédés à l’hôpital, sept femmes et « trois jeunes », dont on ignore encore l’âge exact, a précisé à l’AFP la procureure de Lille, Carole Etienne.

Une équipe de nettoyage lacère les tentes des exilés devant les forces de l'ordre, à Grande-Synthe, le 16 novembre. © Michael Bunel Une équipe de nettoyage lacère les tentes des exilés devant les forces de l'ordre, à Grande-Synthe, le 16 novembre. Question posée sur Twitter le 29 novembre,

Bonjour,

Votre question porte sur les récentes déclarations politiques suite au naufrage ayant entraîné la mort de 27 personnes dans la Manche, le 24 novembre. Le garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, était interpellé sur le plateau de C l’hebdo (diffusé par France 5), trois jours plus tard, au sujet des pratiques des forces de l’ordre dans les campements de migrants, régulièrement démantelés à Calais et Grande-Synthe. Et notamment sur la lacération des tentes des personnes exilées. Niant tout ordre gouvernemental à l’origine de cette pratique, le ministre de la Justice allait plus loin en déclarant : «Vous vous rendez compte de ce que l’on suggère ? Que l’on pourrait comme ça impunément lacérer des tentes, qu’on l’encouragerait et qu’on ne distribuerait pas des vivres à ces migrants ?»

Pour Gérald Darmanin, "la France essaye d'être humaine" sur le dossier des migrants

  Pour Gérald Darmanin, Et aussi Jean-Pierre Raffarin qui appelle Londres à se "mobiliser" après le naufrage de migrants dans la Manche, Adrien Quatennens déplorant qu'ils soient "maltraités par nos institutions" et Olivier Faure en faveur d'un passe vaccinal.

La déclaration du garde des Sceaux a suscité des réactions indignées. Car la lacération de tentes de migrants est une pratique récurrente depuis des années, et largement documentée par les acteurs de terrain, journalistes ou militants. En janvier, CheckNews avait publié une enquête sur les tentes lacérées du bois du Puythouck, à Grande-Synthe. Si les autorités impliquées se renvoyaient la balle, les faits étaient bel et bien établis. Des clichés pris par le photojournaliste Louis Witter, qui travaille sur le traitement des migrants à la frontière entre la France et le Royaume-Uni, mettaient notamment en cause des agents d’une société de nettoyage, équipés d’un cutter. Pour la plupart intérimaires, ces agents qui accompagnaient les forces de l’ordre lors des opérations d’expulsion travaillaient alors pour la société Ramery Propreté, basée à Dunkerque et embauchée par l’Etat dans le cadre d’un marché public.

Matignon convoque une réunion de crise après le naufrage de 27 migrants dans la Manche

  Matignon convoque une réunion de crise après le naufrage de 27 migrants dans la Manche Le décès de plus d’une vingtaine de migrants au large de Calais, mercredi 24 novembre, est considéré comme la plus grave catastrophe depuis le début de la crise migratoire et des traversées de migrants dans le détroit du Pas-de-Calais. Ce jeudi 25 novembre, Matignon a convoqué une réunion de crise sur le sujet. Après le choc face à la plus terrible tragédie migratoire dans la Manche, une réunion de crise s’est tenue jeudi autour de Jean Castex à Paris, et Londres a proposé à la France des patrouilles de police communes sur la côte française longeant la Manche.

Interrogé par CheckNews, le groupe Ramery assurait qu’aucune consigne n’était donnée en ce sens et que «l’utilisation du couteau ou du cutter [servait] à détacher les liens des abris, parfois fixés aux arbres». Tout en ajoutant : «Mais de toute façon, ces tentes n’ont pas vocation à être restituées ou récupérées.» Pour les détails, l’entreprise renvoyait à la préfecture du Nord dont elle dépendait, de même que l’huissier réglementaire assistant aux opérations. La préfecture, quant à elle, se contentait d’affirmer que les policiers n’avaient aucun contact avec les personnes exilées ou leurs biens. Sollicitée précisément sur les pratiques de lacération et d’éventuels ordres donnés en ce sens, elle bottait en touche.

Des clichés qui mettent à mal les déclarations d’Eric Dupond-Moretti

Difficile donc d’établir avec certitude d’où provenaient les ordres formels de lacérer des tentes. Un ancien intérimaire pour Ramery Propreté témoignait cependant auprès de CheckNews avoir «entendu un commandant le demander». Il précisait : «C’est pour éviter que les migrants aillent se servir dans les bennes. Un huissier est sur place et il vérifie tout ça.»

« Nous espérons que l’alerte sera entendue… » Eric Dupond-Moretti reçoit des magistrats pour évoquer le mal-être de la profession

  « Nous espérons que l’alerte sera entendue… » Eric Dupond-Moretti reçoit des magistrats pour évoquer le mal-être de la profession Une trentaine de magistrats et de greffiers ont été reçus pendant près de trois heures par le garde des Sceaux. © Jacques Witt/SIPA Le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti à l'Elysée, le 27 octobre 2021 La rencontre a duré un peu plus de trois heures. Ce vendredi matin, le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, a reçu une délégation d’une trentaine de magistrats et de greffiers signataires d’une tribune parue en début de semaine dans Le Monde dénonçant leurs conditions de travail et le malaise grandissant au sein de cette profession.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que ces pratiques s’effectuaient et s’effectuent sous les yeux des forces de l’ordre. De nombreuses sources et documents concordants montraient, déjà à l’époque, que les agents de nettoyage opéraient devant les policiers n’esquissant aucun geste pour les empêcher de détruire le matériel des exilés. C’est ce que prouvent notamment des photos transmises à CheckNews par l’association Human Rights Observers. Des clichés qui mettent largement à mal les déclarations d’Eric Dupond-Moretti, niant que cette pratique ait pu, ou puisse, se dérouler «impunément».

  Eric Dupond-Moretti et Gérald Darmanin ont-ils menti à propos des lacérations de tentes des migrants ? © Fournis par Liberation Images fournies par l'ONG Human Rights Observers, filmées le 8 décembre à Grande-Synthe. © Fournis par Liberation Images fournies par l'ONG Human Rights Observers, filmées le 8 décembre à Grande-Synthe.

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, est intervenu ce lundi sur le plateau de BFM TV pour défendre les forces de l’ordre : «Ce ne sont pas les policiers et les gendarmes qui prennent des cutters et qui lacèrent les tentes», a-t-il répété à plusieurs reprises, faisant porter la responsabilité sur les sociétés de nettoyage privées chargées d’intervenir «une fois que les évacuations étaient faites par les policiers et les gendarmes». Et le ministre de l’Intérieur de nier, lui aussi, toute «commande de l’Etat» : «C’est la société qui le faisait, parce qu’elle prenait les tentes et elles les mettaient ensuite à la benne.» Surtout, Gérald Darmanin a affirmé : «Nous avons demandé d’arrêter cela, parce qu’on s’en est aperçu notamment parce que les journalistes nous l’ont montré.»

Pour Jadot, "cela fait des mois que Zemmour fait des doigts d'honneur à la France"

  Pour Jadot, Et aussi Gérald Darmanin qui appelle les Britanniques à "prendre leurs responsabilités", Philippe Poutou qui plaide pour un accueil "sans limite" des migrants, et la charge de Bruno Le Maire contre Wish. © Capture d'écran RTL Yannick Jadot est revenu sur le doigt d'honneur fait par Eric Zemmour à une passante, ce week-end à Marseille. Chaque matin, à l'approche de la présidentielle, L'Express vous sélectionne les meilleurs passages des politiques dans les médias.Une photo de l'AFP a provoqué l'émoi samedi au terme d'une visite mouvementée d'Eric Zemmour à Marseille.

«Ces agents de nettoyage ne sont jamais là sans la présence des forces de l’ordre»

Une déclaration là encore problématique pour les militants présents sur le terrain. «Même si l’on n’a pas de preuves que les ordres sont formulés directement par les forces de l’ordre, ils viennent de l’Etat puisque ces sociétés de nettoyage sont mandatées à travers des marchés publics, et respectent les consignes données par la préfecture», estime aujourd’hui l’association Human Rights Observers, contactée par CheckNews. «Ce ne sont pas des actes isolés et individuels, les destructions sont systématiques, que ce soit par la société APC à Calais ou Ramery à Grande-Synthe. Ces agents sont encadrés par la police nationale, les lacérations ont lieu en présence d’un huissier de justice et régulièrement du sous-préfet de Dunkerque et de représentants de la mairie.»

Surtout, alors que Gérald Darmanin affirme avoir demandé que ces lacérations cessent, aucun changement n’a été observé par les acteurs de terrain ces dernières semaines. Encore le 16 novembre, le photojournaliste Louis Witter prenait des photos où des tentes étaient lacérées lors d’une opération d’évacuation à Grande-Synthe. «La lacération des tentes et la destruction des affaires personnelles sont systématiques. Et même si ce sont les agents de nettoyage qui s’en occupent, les policiers regardent, du début à la fin de l’opération», témoigne-t-il lui aussi auprès de CheckNews. «Donc même si aucun ordre ne leur était donné, ces agents de nettoyage ne sont jamais là sans la présence des forces de l’ordre, qui n’interviennent pas donc qui cautionnent», complète Human Rights Observers.

Contacté par CheckNews pour savoir à partir de quand, précisément, la consigne a été donnée de cesser les lacérations, et pourquoi la pratique continuait d’être observée, le ministère de l’Intérieur n’a pas donné suite.

Violences conjugales. Les victimes seront bientôt informées de la sortie de prison de leur agresseur .
Eric Dupond-Moretti, le ministre de la Justice, a annoncé mercredi 1er décembre 2021 la publication prochaine d’un décret qui rendra obligatoire l’information des victimes d’agressions. Le projet était en préparation depuis plusieurs mois, mais la mort d’une femme, tuée par son ex-conjoint le 26 novembre à Épinay-sur-Seine, a remis en lumière la nécessité d’agir. C’est officiel, les victimes de violences conjugales devront être informées de la sortie de prison de leur agresseur et des interdictions qui pèseront sur lui.

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