France: Loi anti-corrida : "On n'est pas des fous barbares et sanguinaires", se défend l'ancienne torera Marie Sara

A Paris, des militants parodient une corrida pour demander son abolition

  A Paris, des militants parodient une corrida pour demander son abolition Près de 200 militants issus d'une dizaine d'associations et partis animalistes ont parodié symboliquement une corrida avec des humains à Paris samedi, pour demander l'abolition de cette pratique en France et soutenir une proposition de loi en ce sens attendue le 24 novembre. La proposition de loi d'Aymeric Caron, rejetée en commission parlementaire, viendra quand même le 24 novembre devant un hémicycle où le sujet divise tous les bords politiques.Le gouvernement sera représenté aux débats par la secrétaire d'Etat en charge de la Ruralité, Dominique Faure, plutôt que le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti, passionné de corrida et donc plus clivant.

"C'est un art, c'est une culture et je ne peux pas imaginer qu'on puisse sanctionner une culture en France", a déclaré Marie Sara, ancienne torera française et co-directrice des arènes de Nîmes, alors que l'Assemblée nationale examine jeudi un projet de loi anti-corrida.

  Loi anti-corrida : © Fournis par franceinfo

"On n'est pas des fous barbares et sanguinaires", s'est défendue jeudi 24 novembre sur franceinfo Marie Sara, ancienne torera française et co-directrice des arènes de Nîmes alors qu'une proposition de loi anti-corrida, portée par le député LFI Aymeric Caron, est discutée ce jeudi à l'Assemblée nationale. "C'est un art, c'est une culture et je ne peux pas imaginer qu'on puisse sanctionner une culture en France", a-t-elle déclaré. Elle rejette en bloc l'argument de la souffrance animale avancée par les militants anti-corridas : "Un taureau ne souffre pas. Il est là pour donner la mort et pour combattre", assure-t-elle.

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>> Corrida : quatre questions sur la proposition de loi qui réclame son interdiction en France

franceinfo : Que dites-vous à ceux qui voudraient voir disparaître la corrida ?

Marie Sara : Je voudrais parler de tolérance. La corrida est très présente dans le sud de la France et bien entendu, c'est très important pour nous parce que cela touche plusieurs secteurs. Le secteur, bien sûr économique, mais aussi écologique. Et puis c'est un art, c'est une culture et je ne peux pas imaginer qu'on puisse sanctionner une culture en France.

Entendez-vous l'argument de la souffrance animale ?

Non, je ne l'entends pas. Je suis tout à fait contre la souffrance animale. Bien entendu, je suis la première à lutter contre la souffrance animale, mais ce n'est pas du tout ce qui est en jeu dans l'arène. Le taureau de combat est un animal qui est un fauve, qui est à l'état totalement sauvage, élevé dans de grands espaces et qui, dans son être intérieur, ne pense qu'à combattre. Il est extrêmement violent.

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Monsieur Caron n'a pas très bien compris ce qu'était la corrida et surtout ce qu'était qu'un taureau de combat. "Le taureau de combat n'existe aujourd'hui que pour la corrida. Il n'existerait plus, sinon."

Marie Sara, ancienne torera française et co-directrice des arènes de Nîmes

à franceinfo

Ce n'est pas un animal normal. Ce n'est pas un petit toutou. Un taureau ne souffre pas, il est là pour donner la mort et il est là pour combattre. Il est d'une violence inouïe.

La mise à mort, les banderilles ce n'est pas pour vous de la cruauté ?

Ce n'est pas de la cruauté animale parce que ce qu'il faut, c'est respecter l'animal dans son être. Un taureau de combat n'a rien à voir avec un autre bovin. Aujourd'hui, sur la planète, et en France notamment, ils meurent, je ne sais pas combien de milliers de bovins chaque jour. Le taureau de combat est destiné effectivement aussi à mourir, mais il va vivre quatre ans ou cinq ans, souvent dans des espaces qui sont préservés, totalement en liberté.

Quel est le poids économique de la corrida en France ?

  Quel est le poids économique de la corrida en France ? La pratique déchaîne les passions, mais ne pèse que quelques millions d’euros. Pour ses défenseurs, c’est une locomotive pour les villes du Sud, ce que rejettent ses opposants. Les corridas (les spectacles, pas l’élevage)génèrent un chiffre d’affaires d’environ 40 à 50 millions d’euros par an​, estime André Viard, le fondateur de l’Observatoire national des cultures taurines, une association pro-corrida créée en 2008. À titre de comparaison, le tournoi de Roland-Garros a rapporté 300 millions d’euros en 2022.La pratique est autorisée dans seulement trois régions : Occitanie, Nouvelle-Aquitaine et PACA.

"Il va être élevé comme un roi, donc il va avoir la meilleure des vies pour un bovin. Puis, il va se sublimer dans l'arène le jour de sa mort parce que c'est dans sa nature profonde. On respecte l'animal."

Maria Sara

à franceinfo

J'ai été éleveur de taureaux pendant plus de 20 ans. S'il y a bien quelqu'un qui respecte l'animal et qui aime les animaux, c'est moi, comme beaucoup de gens en Camargue, dans les Landes, dans le Gers. On est éleveur de taureaux parce qu'on l'aime, parce qu'on le respecte et parce qu'on aime sa nature profonde.

Aymeric Caron dénonce "le plaisir immoral à tuer un animal en public". Que lui répondez-vous ?

C'est une insulte parce qu'on n'est pas des barbares. Quand il y a une feria, il y a 20 000 personnes dans une arène comme Nîmes, comme Arles, comme Béziers et comme Dax, comme Mont-de-Marsan comme Bayonne. Ce ne sont pas des fous barbares et sanguinaires, ce sont des gens tout à fait normaux qui vont pour voir sublimer le courage et la bravoure, le côté héroïsme du torero, le magnifique comportement du taureau. C'est un hymne à la vie, au courage, mais absolument pas un acte barbare.

Corrida : dans quels pays et sous quelles conditions la pratique de la tauromachie perdure-t-elle dans le monde ?

  Corrida : dans quels pays et sous quelles conditions la pratique de la tauromachie perdure-t-elle dans le monde ? Tradition importante ou spectacle barbare d'un autre temps, la corrida cristallise toujours autant les tensions. La France n'est pas le seul pays où la pratique de la tauromachie est autorisée. Tour d'horizon.La proposition de loi du député LFI Aymeric Caron visant à interdire la corrida sera examinée dans l'hémicycle jeudi 24 novembre, mai elle a peu de chances d'aboutir. En commission des lois, les députés ont en effet soutenu mercredi 16 novembre les amendements RN et LR pour supprimer le seul article du texte.

Seriez-vous favorable à une corrida sans mise à mort ?

Non parce que la corrida, dans son essence même, doit aller jusqu'à la mort. Le taureau, de toute façon, est destiné à mourir. Une fois qu'il a combattu, on lui offre la mort. Il va aller jusqu'au bout de son combat. Le torero joue la vie. Le torero prend des risques énormes jusqu'à la blessure, et quelquefois, hélas, jusqu'à la mort. Il se met à la hauteur de l'animal. Il accepte la mort. Il accepte la blessure par respect pour l'animal. Il ira jusqu'au bout et donc l'issue de la vie et la mort. Il faut ouvrir les yeux. À un moment donné, il faut arrêter de se cacher les yeux et de continuer à tuer les bovins dans un abattoir et manger de la viande.

Pensez-vous que la corrida s'arrêtera un jour ?

Je me battrai toujours pour que ce soit le plus tard possible, parce que c'est ma vie. C'est la vie de beaucoup de gens ici en Camargue. Mais c'est possible... La société évolue avec le bien-être animal, avec la peur de la mort, la peur du courage. Donc c'est possible. En tout cas, nous, on se battra.

Interdiction de la corrida : le député LFI Aymeric Caron retire son texte et critique « l’obstruction » .
Dans une ambiance agitée, le député engagé pour la défense des animaux a dû retirer son texte en dénonçant des centaines d’amendements d’« obstruction ». Il a promis une autre « proposition de loi transpartisane » sur le sujet. « Je dois bien me rendre à l’évidence, nous ne pourrons pas abolir la corrida aujourd’hui », a regretté Aymeric Caron. « Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas une fin, mais ce n’est qu’un début. » Il a annoncé un nouveau texte transpartisan à venir. « La corrida sera bientôt abolie dans ce pays, je le promets.

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