Monde: Interpol élit son président, deux candidats dont un Emirati accusé de torture

Candidat émirati controversé, risque d’influence chinoise : Interpol en eaux troubles

  Candidat émirati controversé, risque d’influence chinoise : Interpol en eaux troubles La puissante organisation policière transnationale Interpol s’apprête à élire, fin novembre, son nouveau président. Le favori pour le poste, le général émirati Ahmed Naser al-Raisi, apparaît comme le pire des candidats possibles pour plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme. En parallèle, la candidature d’un responsable chinois pour entrer au comité exécutif inquiète des responsables politiques du monde entier. C’est une élection à haut risque pour Interpol.

  Interpol élit son président, deux candidats dont un Emirati accusé de torture © AFP

Les défenseurs des droits de l'Homme sont vent debout: réunie depuis mardi à Istanbul, l'Assemblée générale d'Interpol, qui doit élire jeudi son président pourrait choisir un général émirati accusé de torture.

Le général Nasser Ahmed Nasser Al-Raisi, responsable des forces de sécurité des Emirats arabes unis, fait campagne depuis l'an dernier pour accéder à la présidence de l'agence de coopération policière, avec une unique candidature face à lui, celle de la Tchèque Sarka Havrankova.

Les statuts d'Interpol accordent au président un rôle avant tout honorifique. C'est le secrétaire général Jürgen Stock, renommé pour un second mandat de cinq ans en 2019, qui assure la gestion des affaires courantes.

Présidence d’Interpol : le candidat du Golfe visé par plusieurs plaintes

  Présidence d’Interpol : le candidat du Golfe visé par plusieurs plaintes Ahmed Naser al-Raisi, l’Émirati favori pour la présidence de l’organisation internationale, est visé par plusieurs plaintes pour atteintes aux droits de l’homme. Quarante ans de service, autant de médailles sur la poitrine que de diplômes (anglais et américains) à son CV, un sourire avenant. Le général émirati Ahmed Naser al-Raisi possède la panoplie pour présider Interpol, organisation internationale où coopèrent les polices criminelles de 194 pays. Le sien, l’autoritaire Fédération des Émirats Arabes Unis, se vante d’être « l’un des plus sûrs du monde ».

Pour autant, nombre d'observateurs s'inquiètent d'une arrivée de M. Al-Raisi à la présidence de l'organisation.

"Nous sommes profondément convaincus que l'élection du général Al-Raisi porterait atteinte à la mission et à la réputation d'Interpol et affecterait lourdement la capacité de l'organisation à s'acquitter efficacement de sa mission", écrivent, dans une lettre datée du 11 novembre et adressée à la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen, trois députés européens dont Marie Arena, présidente de la sous-commission des droits de l'Homme du Parlement européen.

En octobre 2020, dix-neuf ONG, dont Human Rights Watch (HRW), s'inquiétaient déjà du choix possible du général émirati, "membre d'un appareil sécuritaire qui prend systématiquement pour cible l'opposition pacifique".

Les élections interpollantes brillent de la lumière dure sur les régimes autoritaires

 Les élections interpollantes brillent de la lumière dure sur les régimes autoritaires Un United Emirats Arabes Unis (Émirats arabes unis) La pression de l'officiel de devenir président d'Interpol a suscité des préoccupations concernant l'influence de l'autoritarisme au sein de l'Organisation des services de police internationale. © Roslan Rahman / Getty Les préoccupations ont été soulevées en tant que responsable des EAU pourraient potentiellement être installées comme président d'Interpol après une nouvelle élection. Ici, un bâtiment INTERPOL à Singapour peut être vu.

En parallèle, plusieurs plaintes pour "torture" contre M. Al-Raisi ont été déposées ces derniers mois en France, où siège l'organisation, et en Turquie, pays hôte de l'Assemblée générale.

Un des plaignants, le ressortissant britannique Matthew Hedges, a raconté avoir été détenu et torturé entre mai et novembre 2018 aux Emirats arabes unis, après avoir été arrêté pour de fausses accusations d'espionnage lors d'un voyage d'études.

L'ONG Gulf Centre for Human rights (GCHR) accuse dans l'une de ces plaintes le général émirati d'"actes de torture et de barbarie" contre l'opposant Ahmed Mansoor, détenu depuis 2017 dans une cellule de 4 m2 "sans matelas ni protection contre le froid", ni "accès à un médecin, à l'hygiène, à l'eau et aux installations sanitaires".

Ces procédures n'ont pas abouti jusqu'ici.

"Signal aux régimes autoritaires"

Le Secrétaire général de l'organisation, Jürgen Stock, a déclaré mardi à la presse "être évidemment au courant des accusations" pesant contre M. Al-Raisi, soulignant toutefois qu'il "revient aux Etats membres de voter".

Le général émirati Al-Raisi, accusé de torture, élu président d'Interpol

  Le général émirati Al-Raisi, accusé de torture, élu président d'Interpol Le général émirati Ahmed Nasser Al-Raisi, visé par plusieurs plaintes pour "torture", a été élu jeudi président d'Interpol, au grand dam des défenseurs des droits de l'Homme, qui estiment que son élection porte atteinte à la mission de l'organisation. "M. Ahmed Nasser Al-Raisi () a été élu au poste de président", a indiqué l'organisation de coopération policière sur Twitter, alors que l'Assemblée générale d'Interpol se tient à Istanbul depuis mardi.La fonction de président est essentiellement honorifique, le vrai patron de l'organisation étant son Secrétaire général.

"La présidence d'Interpol est un poste très symbolique (...) donc la réputation douteuse d'Al-Raisi, justifiée ou non, est un facteur important pour l'organisation", explique à l'AFP Mathieu Deflem, professeur de sociologie à l'Université de Caroline du Sud (Etats-Unis) et auteur de travaux sur Interpol.

Le président, désigné pour quatre ans, occupe ses fonctions à temps partiel et de façon bénévole. Il a un rôle essentiellement protocolaire, exercé depuis 2018 par le Sud-Coréen Kim Jong-yang, élu après l'arrestation fin 2018 dans son pays de son prédécesseur chinois, Meng Hongwei.

Toutefois, l'élection du général Al-Raisi "enverrait un signal aux autres régimes autoritaires", notamment qu'utiliser d'Interpol pour poursuivre des opposants à l'étranger "n'est pas un problème", juge Edward Lemon, enseignant à l'Université A&M du Texas et spécialiste des régimes autoritaires.

Un rapport britannique publié en mars a en effet conclu que les Emirats arabes unis ont détourné le système des notices rouges - les avis de recherche internationaux - pour faire pression sur des opposants.

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 CCP Leader de la police interne élu au Comité exécutif interpol, malgré le trajet international A Le chef de police du Parti communiste chinois chinois a été élu au comité exécutif de l'Interpol jeudi, malgré une alliance des législateurs internationaux, y compris les républicains du Congrès, y compris les républicains du Congrès. En tant que foule de militants exilés, tous avertis la Chine abuserait de la position.

S'il est élu jeudi, le général Al-Raisi sera "susceptible de travailler avec des gouvernements aux vues similaires [aux siennes] pour contrecarrer les réformes allant vers une plus grande transparence d'Interpol", estime Edward Lemon.

Le chercheur rappelle que les Emirats arabes unis ont fait un don de 50 millions d'euros à Interpol en 2017 - une somme presque équivalente aux contributions statutaires des 195 pays membres de l'organisation, qui s'élevaient à 60 millions d'euros en 2020.

Les Emirats, qui ont eux-mêmes accueilli l'Assemblée générale d'Interpol en 2018 et voulaient l'accueillir à nouveau en 2020, ont aussi "donné ou prêté 10 millions d'euros en 2019, environ 7 % du budget annuel d'Interpol".

"De tels financements réduisent la capacité des autres membres à influencer l'organisation", relève Edward Lemon.

Pour autant, "étant donné la réputation d'Al-Raisi (...), je soupçonne qu'il sera inéligible. Les membres votants de l'organisation ne sont pas imperméables aux critiques de l'extérieur", avance Mathieu Deflem.

Interrogée mardi par l'AFP, la candidate tchèque Sarka Havrankova estime elle aussi que ces "allégations très graves" pourraient empêcher l'élection de son rival.

"C'est aux délégations de décider comment elles veulent que leur organisation soit dirigée", conclut-elle.

24/11/2021 10:13:47 -          Istanbul (AFP) -          © 2021 AFP

Comment Interpol est instrumentalisée par les régimes autoritaires .
«Nous sommes profondément convaincus que l'élection du général Al-Raisi porterait atteinte à la mission et à la réputation d'Interpol et affecterait lourdement la capacité de l'organisation à s'acquitter efficacement de sa mission», écrivaient trois députés européens, dont la présidente de la sous-commission des droits humains du Parlement européen Marie Arena, à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, mi-novembre. C'est néanmoins chose faite depuis jeudi. Le général émirati Ahmed Naser Al-Raisi a bien été élu président d'Interpol, réunissant la majorité des deux tiers.

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