Monde: Tensions entre la Chine et Taïwan: «Les Chinois gonflent la menace pour faire pression»

VRAI OU FAKE. La France reconnaît-elle que Taïwan fait partie de la République populaire de Chine, comme l’affirme Jean-Luc Mélenchon ?

  VRAI OU FAKE. La France reconnaît-elle que Taïwan fait partie de la République populaire de Chine, comme l’affirme Jean-Luc Mélenchon ? Critiqué dans son propre camp pour ses propos, le chef de LFI avance qu’il ne fait que répéter la position officielle de la France. Jean-Luc Mélenchon fait effectivement référence aux textes fondateurs de la diplomatie française sur Taïwan, mais les sinologues recommandent une interprétation plus nuancée. © Fournis par franceinfo Le malaise est patent dans les rangs de la Nupes. Alors que la Chine populaire se lance dans des exercices militaires pour protester contre la visite de l'élue américaine Nancy Pelosi à Taïwan, la polémique monte contre Jean-Luc Mélenchon.

Des hélicoptères militaires chinois survolent l'île de Pingtan, l'un des points les plus proches de la Chine continentale depuis Taïwan, dans la province du Fujian le 4 août 2022, avant des exercices militaires massifs au large de Taïwan à la suite de la visite de la présidente de la Chambre des États-Unis, Nancy Pelosi, sur l'île. © AFP - HECTOR RETAMAL Des hélicoptères militaires chinois survolent l'île de Pingtan, l'un des points les plus proches de la Chine continentale depuis Taïwan, dans la province du Fujian le 4 août 2022, avant des exercices militaires massifs au large de Taïwan à la suite de la visite de la présidente de la Chambre des États-Unis, Nancy Pelosi, sur l'île.

Alors que la présidente de la Chambre des représentants américaine Nancy Pelosi vient d’atterrir au Japon, la Chine montre ses muscles : des manœuvres d'une importance sans précédent ont commencé ce jeudi 4 août, dans le détroit de Taïwan. Une façon de protester contre la visite de Nancy Pelosi, mercredi, sur l'île. Pour la première fois, des missiles ont survolé Taïwan, considérée comme une « île rebelle » par Pékin. Entretien avec Valérie Niquet, experte de l’Asie auprès de la Fondation pour la recherche stratégique.

Taïwan : 5 questions pour comprendre le problème entre l'île et la Chine

  Taïwan : 5 questions pour comprendre le problème entre l'île et la Chine Depuis la fuite de la visite de Nancy Pelosi, la présidente américaine de la chambre des représentants, à Taïwan, le sujet des tensions autour cette l’île a fait le tour des journaux. Explications. La présidente de la Chambre des représentants américaine, Nancy Pelosi, a quitté Taïwan mercredi à bord d’un avion militaire de son pays, au terme d’une visite historique et controversée à laquelle Pékin a répondu par des menaces et des annonces d’exercices militaires.

RFI: S’agit-il d’exercices militaires d’une ampleur « sans précédent », comme l’écrit le journal chinois Global Times ?

Valérie Niquet: Ce sont les manœuvres les plus importantes à ce jour. Cela dit, elles reprennent le modèle de manœuvres de quasi-blocus qu’on a déjà vu dans le passé. C’est cela que la Chine met d’ailleurs en avant, qu’elle pourrait mettre en place un blocus autour de Taïwan. Les Chinois avaient déjà fait ce même type de manœuvres dans les années 1995-1996, avec beaucoup moins de moyens bien sûr, mais avec le même type d’organisation.  À l’époque, c’était pour protester contre la visite du président taïwanais aux États-Unis. Aujourd’hui, évidemment, la Chine a des moyens beaucoup plus importants, à la fois maritimes, navals et aériens, et donc les manœuvres sont de plus grande ampleur. Les soldats s’approchent plus près du territoire taïwanais, et il est prévu que certains exercices pénètrent jusque dans les eaux territoriales taïwanaises. Mais, cela dit, on sait qu’il va y avoir énormément de bruits autour de ces manœuvres. Les Chinois vont gonfler la menace pour justement faire pression sur les autres pays qui pourraient être tentés de continuer d’entretenir des relations trop étroites à son goût avec Taïwan. Mais ce qu’il va falloir observer de très près, c’est si la Chine véritablement s’approche de très près des côtes taïwanaises et si elle pénètre véritablement dans l’espace aérien taïwanais. Tout ça nous donnera une indication sur le sérieux et le danger réel de ces manœuvres.

Nancy Pelosi à Taïwan : retour sur une journée de tensions entre les Etats-Unis et la Chine

  Nancy Pelosi à Taïwan : retour sur une journée de tensions entre les Etats-Unis et la Chine Cette visite tenue secrète jusqu’au dernier moment a ravivé les tensions entre la Chine et les Etats-Unis, alors que Pékin considère que Taïwan fait partie de son territoire et est hostile à toute initiative donnant à ses autorités une légitimité internationale. Depuis 1979, Washington ne reconnaît qu’un seul gouvernement chinois, celui de Pékin, tout en continuant à apporter un soutien aux autorités taïwanaises, via notamment de multiples ventes d’armes. Les Etats-Unis pratiquent également « l’ambiguïté stratégique » : en clair, ils s’abstiennent de dire s’ils défendraient ou non militairement Taïwan en cas d’invasion.

L’armée taïwanaise a indiqué « se préparer à la guerre sans chercher la guerre ». Quelle sera l'attitude de Taipei pendant ces exercices qui doivent durer jusqu'à ce dimanche ?

Même si évidemment Taïwan est vigilant et fera décoller ses avions pour escorter et repousser les avions chinois au cas où la Chine entre dans son espace aérien, on peut être à peu près certain qu’aussi bien Taïwan que les alliés de Taïwan comme les États-Unis seront extrêmement retenus dans leur réponse pour éviter justement l’escalade. Puis surtout, il faut noter que leurs pilotes sont bien mieux entraînés et bien mieux formés que les pilotes chinois, donc ils feront tout pour qu’il n’y ait pas de dérapage et ceci quelles que soient les provocations chinoises, du moment que l’on reste limité à des exercices. Quand on est face à un pays comme la Chine qui proclame régulièrement qu’il veut conquérir Taïwan au nom de la réunification de la nation chinoise, bien évidemment l’armée taïwanaise est entièrement programmée, entraînée et équipée pour pouvoir répondre à une attaque chinoise. Taïwan aujourd’hui n’a aucune intention d’attaquer la Chine. En revanche, elle se prépare évidemment à ce cas de figure. C’est une mission essentielle de pouvoir résister à une éventuelle attaque chinoise si un jour cette attaque devait se produire. C’est le seul moyen de dissuader la Chine de lancer une attaque contre Taïwan.

ENTRETIEN. La Chine « n’a pas les moyens d’envahir Taïwan », elle cherche à « impressionner »

  ENTRETIEN. La Chine « n’a pas les moyens d’envahir Taïwan », elle cherche à « impressionner » La mobilisation de la Chine autour de Taïwan est inédite. Pour la chercheuse Valérie Niquet, le pays mène une « guerre psychologique » visant à dissuader les partisans de l’indépendance de l’île. Mais le pays de Xi Jinping s’expose à de vives réactions, notamment des États-Unis. Alors qu’elle devait stopper ses manœuvres militaires autour de Taïwan dimanche 7 août 2022, la Chine a finalement annoncé ce lundi 8 août les reprendre, sans préciser de date de fin.

Les voisins se disent également inquiets, et notamment le Japon. Le ministre japonais des Affaires étrangères Yoshimasa Hayashi a appelé ce jeudi à « l'arrêt immédiat » de ces manœuvres militaires, craignant un « impact grave sur la paix et la stabilité de la région ». Quel impact peut avoir la montée des tensions pour le Japon ?

Le Japon se trouve effectivement en première ligne. C’est là que se trouve les plus importantes bases américaines en Asie. L’île Okinawa et les îles le plus au sud de l’archipel sont à seulement à une centaine de kilomètres de Taïwan. Donc, s’il y a une crise, voire une guerre dans le détroit de Taïwan, il est sûr que le Japon se trouvera en première ligne. Par ailleurs, le Japon a aussi des liens économiques très étroits avec la Chine. Le pays est donc très vigilant, à la fois pour défendre les valeurs communes, c'est-à-dire la démocratie et la nécessité de lutter contre les pressions chinoises, mais aussi pour préserver ses propres intérêts économiques. Le Japon a donc plutôt intérêt à ce qu’il n’y ait pas trop de vagues dans la région. Cela dit, les choses se calmeront sans doute, mais toujours est-il qu’on ne peut pas écarter tout risque de dérapage.

La visite de Nancy Pelosi à Taïwan est "une victoire", mais "le combat n'est pas terminé", souligne François Wu, représentant de Taïwan en France .
"Tout ce que nous demandons actuellement, c'est un soutien, au moins, de la part des grandes puissances et des pays démocratiques", indique François Wu, représentant de Taïwan en France. © Fournis par franceinfo La visite de la présidente de la Chambre des représentants américaine Nancy Pelosi à Taïwan "est une victoire" a affirmé mercredi 3 août sur franceinfo François Wu, rep "Cela a permis à Taiwan d'être vue par le monde.

Voir aussi