Monde: Kenya: William Ruto, le «débrouillard» milliardaire

Le Kenya, puissance économique d'Afrique de l'Est, élit son président

  Le Kenya, puissance économique d'Afrique de l'Est, élit son président Les Kényans ont commencé à affluer dans les bureaux de vote pour élire mardi un nouveau président, mais aussi des députés et élus locaux lors de scrutins à forts enjeux pour la locomotive économique d'Afrique de l'Est, frappée par une flambée du coût de la vie. Les 22,1 millions d'électeurs doivent voter six fois pour déterminer l'avenir politique de ce pays considéré comme un îlot démocratique dans une région instable, mais qui fut aussi le théâtre de graves violences il y a quinze ans.A Kibera, un bidonville de Nairobi, une équipe de l'AFP a pu constater l'ouverture comme prévu à 06h00 d'un bureau de vote.

Le vice-président et candidat à la présidentielle William Ruto, de la coalition du parti politique Kenya Kwanza (Kenya first), s'adresse aux journalistes dans sa résidence officielle de Karen, à Nairobi, le 4 août 2022. © AFP - SIMON MAINA Le vice-président et candidat à la présidentielle William Ruto, de la coalition du parti politique Kenya Kwanza (Kenya first), s'adresse aux journalistes dans sa résidence officielle de Karen, à Nairobi, le 4 août 2022.

Issu d’une famille modeste, devenu l’un des hommes les plus riches du Kenya, William Ruto se présente comme le candidat des pauvres, face à l’alliance des « dynasties » de la vie politique kényane, incarnée le duo Raila Odinga et Uhuru Kenyatta. À 55 ans, le vice-président sortant, au passé sulfureux, brigue le fauteuil présidentiel pour la première fois.

De notre correspondante à Nairobi,

Kenya : un duel serré s'annonce entre les favoris de l’élection présidentielle, Raila Odinga et William Ruto

  Kenya : un duel serré s'annonce entre les favoris de l’élection présidentielle, Raila Odinga et William Ruto Les Kényans se rendent aux urnes le 9 août pour la présidentielle ainsi que pour les élections législatives et locales. © Fournis par franceinfo La campagne électorale est officiellement close au Kenya : les candidats ont jeté leurs dernières forces dans la bataille durant le début du week-end, avant les élections générales du 9 août. Les 22,1 millions d'électeurs devront voter six fois pour choisir leur président, mais aussi leurs parlementaires, gouverneurs et quelque 1500 élus locaux.

Il a fréquenté les bancs de l’école pieds nus, porté sa première paire de chaussures à 15 ans et vendu des œufs et des poulets sur le bord des routes de la vallée du Rift : William Ruto est issu d’une famille modeste et aime le rappeler.

Parti de rien, devenu homme d’affaires à succès - l’un des plus riches de son pays - le quinquagénaire se présente comme le héraut de la « Hustler Nation », la nation des « débrouillards ». Il fait de son parcours et de son ascension fulgurante un argument de campagne, presque une marque. Et la posture fait mouche dans un pays frappé par une inflation galopante, où trois Kényans sur dix vivent avec moins de 1,90 dollar par jour, selon la Banque mondiale.

Mais le parcours du vice-président est moins lisse que ne le voudrait cette légende. Diplômé en sciences, brièvement enseignant, William Ruto fait ses classes en politique dans les années 1990 auprès de Daniel Arap Moi - unique président Kalenjin qu’a connu le Kenya. Il s’engage, précisément, au sein des sulfureuses jeunesses de la Kanu, le parti de l’autocrate, tristement réputé pour avoir pourchassé les membres de l’ethnie Kikuyu dans la vallée du Rift au cours de ces années.

Alors que le Kenya se prépare pour une élection, voici pourquoi certains font campagne pour les deux parties

 Alors que le Kenya se prépare pour une élection, voici pourquoi certains font campagne pour les deux parties Les deux frontaux dans la course pour le siège présidentiel du Kenya ont organisé leurs derniers rassemblements de campagne avant le vote de la semaine prochaine. © Autre Yousra Elbagir interviewe Raila Odinga au stade national de Nyayo à Nairobi, les drapeaux jaunes s'étendent sur les stands alors que les partisans chantent le nom du vice-président William Ruto.

Sa première tentative d’être élu, en 1997, est la bonne. Il devient député pour la circonscription d’Eldoret Nord et s’impose rapidement comme une personnalité influente au sein du parti. À 36 ans, il est propulsé ministre. Il occupe divers portefeuilles, dont ceux de l’Éducation, et de l’Intérieur, puis réussit un tour de force : accéder en 2013 à la vice-présidence, en se présentant comme le colistier d’Uhuru Kenyatta, candidat de l’ethnie Kikuyu jusque-là rivale. Ce magistral retournement d’alliance, dont le Kenya est coutumier, choque l’opinion. Et pour cause : cinq ans plus tôt, les deux hommes se sont affrontés par communautés interposées au cours d’une crise post-électorale qui a fait plus de 1 000 morts et qui leur vaut alors d’être tous les deux inculpés par la Cour pénale Internationale (CPI), accusés d’avoir joué un rôle de premier plan dans l’orchestration des violences.

: Comment fonctionnent les élections kenyanes?

: Comment fonctionnent les élections kenyanes? Infographie Nairobi, Kenya - Le 9 août, les Kenyans se dirigent vers les sondages pour choisir le cinquième président du pays dans ce que les experts disent être une élection très contestée. Quatre candidats sont en concurrence pour la première position du pays. William Ruto, ayant servi deux mandats en tant que vice-président dans le gouvernement actuel, est impatient de succéder à son patron actuel, avec qui il se disputait.

Leur alliance, baptisée « coalition des accusés », vise à unir leurs forces pour faire enterrer ces poursuites. Et cela fonctionne. À peine le duo élu, s’engage une vaste campagne d’intimidation et de disparition de témoins qui contraint la CPI à abandonner les poursuites contre les deux hommes « faute de preuve ». Le procès de Paul Gicheru, avocat kényan accusé d’avoir soudoyé et intimidé des témoins au point de rendre impossible la poursuite de la procédure contre William Ruto est cependant toujours en cours.

Le prévoit également qu’Uhuru Kenyatta soutienne la candidature de son vice-président à sa succession en 2022. L’avenir semble tout tracé pour William Ruto. Mais sur ce point, leur alliance se brise. En 2018, Uhuru Kenyatta opère une nouvelle volte-face en se rapprochant cette fois de Raila Odinga, jusqu’alors son éternel opposant, dont il soutient désormais à candidature à la présidentielle.

En fin stratège, Willam Ruto, le vice-président aujourd’hui candidat, reste en fonction, tout en s’employant à construire son statut d’opposant. Et n’hésite pas - après avoir pourtant passé plus de 10 ans au cœur de l’appareil d’État - à se poser en challenger de l’establishment, face à l’alliance des dynasties incarnées par Odinga et Kenyatta.

Kenyan: Les prochaines étapes

 Kenyan: Les prochaines étapes Élections Kenya se trouvent sur des plats de tente car il attend les résultats de l'élection de mardi, qui s'est écoulé relativement en douceur malgré certains problèmes avec l'équipement d'identification des électeurs défectueux, les retards dans les bureaux de vote et les incidents dispersés de violence.

William Ruto part en campagne très tôt. Sillonne le pays en casquette et polo, multiplie les saillies contre le bilan d’Uhuru Kenyatta pour mieux s’en dissocier. Il fustige Raila Odinga comme « la marionnette » du président sortant. Chrétien « born again » revendiqué et père de six enfants, il promet surtout de « sortir du désespoir des millions de personnes » en développant une économie ascendante, qui irait du bas vers le haut. Dans plusieurs interviews accordées récemment, il se targue même de remplacer les clivages ethniques - ferment régulier de la compétition en politique kényane - par un clivage social.

Est-ce assez pour faire oublier son passé sulfureux et la longue série de scandales et accusations de corruption auxquels son nom est associé et que le candidat a toujours soigneusement balayés ? L’étendue de sa fortune et des parcelles de terres qu’il a acquises dans l’Ouest et sur la côte kényane font l’objet de nombreux soupçons. C’est d’ailleurs un point qu’il partage en commun avec le député Righathi Gachagua, qu’il a choisi comme son colistier (voir encadré).

S’agissant du scrutin du 9 août, depuis le début de la campagne, William Ruto ne cesse de souffler le chaud et le froid. Il promet qu’il acceptera le résultat de l’élection, quel qu’il soit, et dit faire confiance à la commission électorale pour organiser une élection « crédible ». Mais cela ne l’empêche pas dans le même temps de multiplier les sorties destinées à jeter le discrédit sur le fichier électoral, ou d’accuser des officiels de faire pression sur les fonctionnaires et de tenir des réunions nocturnes destinées à comploter dans le but d’empêcher de remporter l’élection.

, funérailles, rap: la campagne sans étage du Kenya .
Toilettes lors des funérailles, dans des vidéos de rap ou même à l'intérieur des toilettes publiques: les candidats aux élections du Kenya ne laissent aucune pierre non retournée dans leur lutte pour les votes.

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