Monde: Afghanistan : "On ne lapide plus" les femmes "dans les stades de football", mais la "même attitude anti-féministe persiste" chez les talibans, selon un expert

Après l’élimination d’Ayman al-Zawahiri, Al-Qaïda représente-t-elle toujours une menace ?

  Après l’élimination d’Ayman al-Zawahiri, Al-Qaïda représente-t-elle toujours une menace ? Le gouvernement américain vient d'annoncer qu'Ayman al-Zawahiri, le chef d'Al-Qaïda et cerveau des attentats du 11 septembre 2001, a été tué par un drone à Kaboul, capitale de l'Afghanistan. Al-Zawahiri était le successeur d'Oussama ben Laden. Sa mort permet aux familles de ceux qui ont été tués dans les attaques de 2001 de « tourner la page », a déclaré le président des États-Unis, Joe Biden, lors d'une allocution télévisée le 1er août 2022.Al-Zawahiri était le successeur d'Oussama ben Laden. Sa mort permet aux familles de ceux qui ont été tués dans les attaques de 2001 de « tourner la page », a déclaré le président des États-Unis, Joe Biden, lors d'une allocution télévisée le 1er août 2022.

Pour Jean-Charles Jauffret, spécialiste de l'Afghanistan, les femmes qui manifestent sont des "héroïnes" au "courage inouï".

  Afghanistan : © Fournis par franceinfo

"On ne lapide plus" les femmes "dans les stades de football", "mais la même attitude anti-féministe perdure" chez les talibans, a affirmé samedi 13 août, sur franceinfo, Jean-Charles Jauffret, professeur émérite d'histoire contemporaine à Sciences Po Aix et spécialiste de l'Afghanistan. Une manifestation de femmes pour le droit au travail et à l'éducation a été violemment dispersée ce samedi à Kaboul par les talibans, près d'un an après leur arrivée au pouvoir.

Afghanistan: dans le Panchir, la vie dans la peur des talibans

  Afghanistan: dans le Panchir, la vie dans la peur des talibans Dans la vallée du Panchir, l'ancien bastion historique de la résistance aux talibans tombé aux mains des islamistes début septembre 2021, des habitants vivent toujours dans la peur des nouveaux maîtres de l'Afghanisan, accusés d'exactions. A l'arrivée des islamistes en septembre, de nombreux habitants avaient fui. "Probablement moins de 2.000 familles ont peut-être quitté le Panchir, mais la plupart d'entre elles sont revenues", affirme à l'AFP Abubakar Sediq, porte-parole du gouverneur du Panchir, qui comptait plus de 170.000 habitants avant août 2021.

>> Afghanistan : "C’était très dur de tout recommencer à zéro", raconte une militante pour les droits des femmes exilée en France

franceinfo : Les femmes sont-elles les premières victimes de cette reprise du pouvoir des talibans depuis près d'un an ?

Jean-Charles Jauffret : Oui, elles ont été exclues de l'espace public graduellement. La seule différence avec les talibans d'antan, c'est qu'apparemment on ne les lapide plus dans les stades de football ou qu'on ne les bat plus en pleine rue à Kaboul. Mais la même attitude anti-féministe perdure.

Depuis septembre, il y a des manifestations récurrentes de courageuses héroïnes dans les rues. La dernière était le 29 mai, avec le même slogan : "paix, travail, liberté". Il est absolument affligeant de voir des jeunes gens frapper à coups de crosse des femmes parce qu'elles revendiquent simplement un droit humain. C'est quelque chose d'effroyable, quand on sait aussi que les femmes qui ont défilé aujourd'hui ou le 29 mai sont poursuivies, battues, et que leurs familles vont également subir les conséquences de leur acte de courage.

Afghanistan: kalach au vestiaire et cahier ouvert, des talibans reprennent les études

  Afghanistan: kalach au vestiaire et cahier ouvert, des talibans reprennent les études Avant, Gul Agha Jalali posait des bombes contre les forces afghanes, américaines ou de l'Otan. Aujourd'hui, le jeune taliban travaille dans un ministère, et apprend l'informatique et l'anglais pour s'"instruire" et "servir" son pays.Depuis la prise du pouvoir à Kaboul par les talibans en août dernier, plusieurs centaines de jeunes combattants du groupe islamiste ont repris des études dans la capitale afghane, à leur initiative ou à l'instigation de leurs chefs.


Vidéo: Afghanistan : les femmes, premières victimes du retour des Taliban (France 24)

Sait-on ce que deviennent ces femmes après ces manifestations ?

On n'en sait strictement rien, sauf pour quelques personnalités du domaine des médias. Mais elles ont un courage inouï.

Ce sont de véritables héroïnes contre l'obscurantisme le plus total.

Jean-Charles Jauffret

à franceinfo

Existe-t-il d'autres façons de résister face aux talibans aujourd'hui dans le pays ?

90% des Afghans vivent maintenant sous le seuil de pauvreté, et nous avons un phénomène qui commence à apparaître, avec les femmes, de résistance passive. Par exemple, dans Kaboul, peu de femmes portent ce que nous appelons en Occident le tchador. On voit aussi une volonté de lycéennes, via des radios, Internet et tout ce qu'on peut trouver sur les réseaux sociaux, de pouvoir continuer leurs études. On voit aussi, dans la vallée du Panchir notamment, une forme de résistance qu'anime le fils du commandant Massoud.

Il y a un an, les talibans avaient pourtant promis une certaine ouverture, corrélée à l'aide humanitaire. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Elle arrive, mais où va-t-elle ? La communauté internationale a versé, via l'ONU, environ 2 milliards depuis le début de l'année.

"Où sont passés ces milliards ? Les médecins se plaignent de souffrir du manque de médicaments, d'instruments de chirurgie ..."

Jean-Charles Jauffret

à franceinfo

Les talibans détournent cet argent, et on ne sait pas ce qu'ils en font. C'est une situation inextricable d'un gouvernement failli, d'un État failli, qui est tellement infréquentable qu'aucun de ses voisins ne veut nouer de liens diplomatiques avec lui.

Afghanistan : des femmes afghanes ont manifesté à Paris contre le retour des talibans .
Sur la place de la République à Paris lundi 15 août, une centaine d'Afghans se sont réunis pour manifester un an après le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan. Une date qui a poussé des femmes, de plus en plus privées de droits, à fuir le pays et à venir en France. Europe 1 a rencontré deux participantes qui ont retracé leur histoire. Ce lundi 15 août, une centaine d'Afghans ont manifesté dans le centre de Paris , un an après le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan . Le pays est toujours isolé, et s'enfonce dans les crises économiques, énergétiques et humanitaires.

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