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Monde: Poutine orchestre l’annexion d’une partie de l’Ukraine

ENTRETIEN. « Les annexions russes en Ukraine sont doublement contraires au droit international »

  ENTRETIEN. « Les annexions russes en Ukraine sont doublement contraires au droit international » Les pseudos référendums d’annexion organisés dans plusieurs régions en Ukraine s’achèvent ce mardi. Pour Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, Vladimir Poutine avait déjà brisé un tabou en 2014 avec la Crimée. Il en fait à présent une méthode. Alors que les autorités russes annonçaient des résultats aux scores soviétiques aux pseudo-référendums organisés dans quatre régions du sud-est de l’Ukraine, la communauté internationale se prépare à condamner cette pratique.

Un homme participe au référendum de rattachement de la réfionde Donetsk à la Russie, mardi, à Marioupol. © STRINGER/AFP Un homme participe au référendum de rattachement de la réfionde Donetsk à la Russie, mardi, à Marioupol.

Correspondant à Moscou

Les résultats, sans surprise, des référendums dans les régions prorusses ou récemment «libérées» en Ukraine devraient conduire dans la foulée à leur annexion pure et simple par Moscou. «Un point de non-retour sera bientôt franchi», a déclaré mardi Sergueï Axionov, le gouverneur de Crimée, territoire lui aussi annexé en 2014 après un référendum non reconnu par la communauté internationale. «Ces territoires deviendront des sujets à part entière de la Fédération de Russie. Nous n’y mènerons plus une opération militaire spéciale (terminologie officielle pour désigner l’invasion lancée le 24 février dernier, NDLR) mais une opération antiterroriste (comme ce fut le cas en Tchétchénie). Maintenant, nous allons nous battre pour notre propre terre», a ajouté M. Axionov.

Pouvez-vous trouver les objets cachés dans ces images?

 Pouvez-vous trouver les objets cachés dans ces images? Canada a giflé de nouvelles sanctions contre les responsables russes et les élites vendredi après que le président Vladimir Poutine a officiellement annexé quatre régions de Ukraine . © Dmitry Astakhov, Spoutnik, Photo de piscine du gouvernement via AP Le président russe Vladimir Poutine assiste à une cérémonie pour signer les traités pour Donetsk et Luhansk des régions d'Ukraine pour rejoindre la Russie au Kremlin à Moscou, Russie, le 30 septembre.

Un vote sous les bombes

Qualifiés de «mascarade» par Paris et de «simulacres» par l’Ukraine, suscitant de la réprobation jusqu’à Pékin et Ankara, les référendums se sont déroulés sur cinq jours dans quatre régions - Donetsk, Louhansk, Zaporijjia et Kherson. Les fraudes et les pressions étaient patentes lors de ces scrutins organisés dans l’urgence. Les quatre premiers jours, les agents électoraux se sont déplacés au domicile des électeurs, accompagnés de soldats. Les bureaux de vote, également placés sous haute surveillance, ne disposaient souvent pas d’isoloirs. En début de dépouillement mardi, les autorités russes revendiquaient à Zaporijjia 92% de «oui» à l’annexion, et 87% à Kherson.

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Poutine dresse la Russie contre l’Occident

  Poutine dresse la Russie contre l’Occident Dans une nouvelle surenchère, le président russe a signé, vendredi, le rattachement à la Russie des oblasts de Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijjia.Trente-sept minutes de discours mêlant diatribe anti-occidentale et hymne messianique célébrant la «grande Russie historique». Un précipité de déclarations vindicatives et revanchardes interrompu à dix reprises par les applaudissements de centaines de dignitaires du régime réunis dans l’immense salle Saint-Georges du Kremlin. Comme prévu, Vladimir Poutine a orchestré en grande pompe vendredi la signature du rattachement à la Russie de quatre régions d’Ukraine, soit environ 20 % de son territoire.

Durant ces journées de vote, les tirs ukrainiens ont redoublé sur le Donbass prorusse, y compris dans le centre, Donetsk, où un bombardement à proximité d’un marché a fait six morts jeudi dernier. De source prorusse, des bombardements ukrainiens ont eu lieu mardi, dernier jour du vote, à Alchevsk, en «République populaire de Louhansk» (LNR), obligeant les commissions électorales à se réfugier dans des abris. «Les nationalistes ukrainiens ont tout fait pour empêcher ce vote d’avoir lieu», a affirmé le chef de la LNR, Leonid Pasechnik, en mettant mardi son bulletin dans l’urne. «La Russie est notre mère», confiait pour sa part une jeune femme de Louhansk, Natacha Sliouzareva, dont le mari et le frère sont actuellement au front. La participation en LNR était officiellement de 90 % mardi à midi, quelques heures avant la fin du scrutin.

La roue de l’histoire s’est dramatiquement accélérée la semaine dernière avec l’annonce, le 21 septembre, par Vladimir Poutine des référendums et d’une «mobilisation partielle», une initiative sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. Telle fut la réplique de Vladimir Poutine à la contre-offensive fulgurante des forces ukrainiennes réalisée, notamment entre Kharkiv et Izioum, ces dernières semaines.

Guerre en Ukraine : « Stratégie de retournement », « inversion du bien et du mal »… On décrypte le discours de Poutine

  Guerre en Ukraine : « Stratégie de retournement », « inversion du bien et du mal »… On décrypte le discours de Poutine Le président russe a multiplié les attaques virulentes contre « l’Occident » tout en retournant les critiques qui lui sont adressées © EyePress News//SIPA Vladimir Poutine a officialisé le rattachement de quatre régions ukrainiennes à la Russie lors d'un discours virulent devant le Kremlin.

La fin d’un déni

Mardi 20 septembre, la Douma a voté des amendements au code pénal renforçant les peines en cas de désertion. Dès mercredi, les premiers ordres de mobilisation étaient reçus par les intéressés, convoqués sur-le-champ dans les bureaux de recrutement. Une mobilisation n’ayant de «partielle» que le nom et qui a été menée dans le désordre, ce qui a conduit des proches du pouvoir à concéder des «erreurs». Personnes mobilisées sans expérience militaire - contrairement aux assurances officielles -, où trop âgées, scènes de beuverie et de violence: l’internet russe a témoigné de ce chaos tous ces jours derniers. Des manifestations contre l’appel sous les drapeaux se sont déroulées dans une quarantaine de villes du pays, notamment au Daguestan, dans le Caucase, l’une des régions ayant payé le plus fort tribut à la guerre en Ukraine en termes d’hommes tombés au front.

Plus de 2400 personnes ont été arrêtées depuis l’annonce de la mobilisation. «Ceux qui le 24 février n’ont pas réalisé ce qui se passait l’ont compris le 21 septembre», à écrit l’opposant Lev Shlosberg sur Twitter. De fait, beaucoup de Russes qui vivaient dans le déni de cette guerre l’ont vue subitement faire incursion dans leur vie quotidienne. Une nouvelle vague d’exode a déferlé sur les pays voisins, telle la Géorgie, avant que ceux-ci ne ferment leurs frontières, à l’exemple de la Finlande et des pays Baltes. «Nous ne sommes pas de la chair à canon», clament ceux qui fuient la mobilisation. La police russe, elle, distribue les convocations dans la rue, le métro, parmi les personnes interpellées. On a constaté aussi une ruée sur les billets d’avion, notamment pour l’Arménie. Nombreux sont les «mobilisables» à avoir été refoulés avant de pouvoir embarquer. Mais le Kazakhstan a indiqué mardi que 98.000 Russes avaient déjà trouvé refuge sur son territoire.

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Après les référendums, l’annexion des territoires en Ukraine pourrait être formellement annoncée par Vladimir Poutine vendredi. Tout comme celle de la Crimée, il y a huit ans, elle ne devrait pas être reconnue par grand monde. Le Kremlin a d’ores et déjà annoncé que les référendums auraient des «conséquences» pour les territoires concernés, du point de vue de leur sécurité, selon le porte-parole, Dmitri Peskov, qui a une nouvelle fois fait allusion mardi à une possible utilisation de l’arme nucléaire.

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CARTE. Guerre en Ukraine : gains russes, frappe ukrainienne sur Kherson… Le point au 226e jour .
La Russie a revendiqué des gains dans l’est de l’Ukraine après une série de revers. Kiev appelle les soldats russes à choisir la reddition. Alors que l’Union européenne a pris de nouvelles sanctions contre la Russie, Volodymyr Zelensky a demandé davantage de « pression » sur le secteur énergétique russe. Voici ce qu’il faut retenir ce vendredi 7 octobre au 226e jour de la guerre en Ukraine. © Infographie Ouest-France La situation en Ukraine au vendredi 7 octobre 2022.

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