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Monde: « Le nouveau tir de missile par la Corée du Nord n’est pas un message pour le Japon, mais pour les Etats-Unis »

La Corée du Nord a tiré un nouveau missile balistique

  La Corée du Nord a tiré un nouveau missile balistique La Corée du Nord a tiré un nouveau missile balistique

Pour Antoine Bondaz, de la Fondation pour la recherche stratégique, le test d’un missile à longue distance est moins significatif que le développement d’armes de courte portée.

La Corée du Nord a procédé, pour la première fois depuis 2017, au tir d’un missile balistique de portée intermédiaire au-dessus du Japon, mardi 4 octobre 2022. © Fournis par Le Monde La Corée du Nord a procédé, pour la première fois depuis 2017, au tir d’un missile balistique de portée intermédiaire au-dessus du Japon, mardi 4 octobre 2022.

Le ciel du Japon était resté calme pendant plus de cinq ans. Et puis, le 4 octobre, un missile tiré par la Corée du Nord, croisant très haut et très vite – à 970 kilomètres d’altitude et 20 800 km/h – est passé au-dessus de l’archipel, dans la région de Tohoku, à la pointe nord de l’île de Honshu. Il s’est ensuite abîmé dans l’océan Pacifique, hors des eaux nippones, selon le secrétaire général du gouvernement japonais, Hirokazu Matsuno, sans faire ni victime ni dégât.

ont dit de se cacher après que la Corée du Nord tire des missiles sur le Japon pour la première fois en cinq ans

 ont dit de se cacher après que la Corée du Nord tire des missiles sur le Japon pour la première fois en cinq ans Les résidents de , la Corée du Nord à bras nucléaires a tiré un missile balistique sur le Japon pour la première fois en cinq ans. © Reuters Les habitants de Séoul en Corée du Sud regardent un rapport sur le test de missile Les résidents ont été avertis de se retirer, et une alerte a été émise à ceux qui vivent dans le nord-est du Japon pour évacuer les bâtiments à proximité alors que le missile a volé au-dessus du pays avant d'atterrir dans l'océan Pacifique.

Le tir par la Corée du Nord d’un missile balistique au-dessus du Japon exacerbe les tensions

Deux précédents avaient eu lieu en août 2017. Pour Antoine Bondaz, chargé de recherche et directeur du « Programme Corée sur la sécurité et la diplomatie » à la Fondation pour la recherche stratégique, la banalisation de ces essais, la distraction causée par la guerre en Ukraine et la désunion au Conseil de sécurité offrent un « boulevard » au développement militaire de Pyongyang.

Comment évaluez-vous l’importance de ce tir ?

Antoine Bondaz : Il faut la relativiser. C’est le huitième essai du Hwasong-12, un missile de portée intermédiaire, qui vient de démontrer une portée de 4 600 kilomètres. C’est une arme balistique assez classique, et ce n’est pas la première fois que ce type de projectile survole le Japon. Il y a eu deux cas en août et en septembre 2017. Et depuis 1998 c’est la septième fois qu’un missile nord-coréen survole le Japon.

pendant l'exercice avec des paniques américaines City City

 pendant l'exercice avec des paniques américaines City City Crash de missiles de Corée du Sud Séoul, Corée du Sud - Un missile balistique sud-coréen a mal fonctionné et s'est écrasé mercredi tôt lors d'un exercice de tir en direct avec les États-Unis, paniquant les résidents confus d'une ville côtière Déjà mal à l'aise sur les tests d'armes de plus en plus provocateurs par la Corée du Nord rivale.

En revanche, ce tir illustre trois dynamiques. La première, c’est la banalisation des essais balistiques. Environ 170 ont été conduits depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un, en 2012. De 1994 à 2011, Kim Jong-il n’en avait effectué que treize. La deuxième, c’est un effet de distraction causé par la guerre en Ukraine, qui occupe légitimement la plupart des chancelleries du monde entier.

La troisième, la plus importante et qui marque une rupture, est la désunion de la communauté internationale au Conseil de sécurité de l’ONU, pour la première fois depuis 2006 et les premières sanctions contre le programme nucléaire de Pyongyang. Il y a eu, en mai, un projet de résolution, sur lequel la Russie et la Chine ont mis leur veto. Or, depuis 2006, à chaque essai nucléaire ou essai balistique majeur, il y avait une résolution généralement associée à des sanctions. Ces trois dynamiques ouvrent un boulevard pour la Corée du Nord.

La Corée du Nord tire deux nouveaux missiles après des exercices militaires de Washington et Séoul

  La Corée du Nord tire deux nouveaux missiles après des exercices militaires de Washington et Séoul Les nouveaux tirs sont intervenus au moment où le Conseil de Sécurité de l’ONU se réunissait pour évoquer le lancement d’un autre missile nord-coréen qui avait survolé le Japon deux jours plus tôt. Une première en cinq ansMardi 4 octobre, un missile de type Hwasong-12 avait survolé le Japon et parcouru environ 4 600 kilomètres, soit probablement la distance la plus longue jamais atteinte par Pyongyang dans le cadre de ses essais, selon Séoul et Washington. C’était la première fois en cinq ans qu’un projectile nord-coréen passait au-dessus du territoire japonais.

Quel ennemi de Pyongyang est visé par ce lancement ?

Beaucoup ont parlé, à la hâte, de provocation envers le Japon. Mais quand la Corée du Nord teste un missile de longue portée à sa capacité maximale, elle est bien obligée d’aller vers le Pacifique. Les Nord-Coréens « font attention », ils survolent à des centaines de kilomètres d’altitude, bien au-dessus de la Station spatiale internationale, à l’endroit le moins problématique, le détroit de Tsugaru, où se trouvent peu d’habitants. En comparaison, quand la Chine survole Taïwan, elle le fait au-dessus de Taipei, de manière délibérée. Si les Nord-Coréens voulaient provoquer le Japon, ils le feraient au-dessus de Tokyo. Bien sûr, du point de vue japonais, ça reste un problème.

Par contre, c’est un message aux Etats-Unis. Une portée de 4 600 kilomètres ne permet pas d’atteindre le continent américain, mais c’est assez pour l’île de Guam, extrêmement importante pour Washington, où les Etats-Unis ont une base qui représente leur système de défense avancée dans la région.

Les armes à longue portée sont-elles la principale menace émanant de Corée du Nord ?

La Corée du Nord tire un nouveau missile balistique vers la mer

  La Corée du Nord tire un nouveau missile balistique vers la mer La Corée du Sud et le Japon accusent la Corée du Nord d’avoir tiré un nouveau missile balistique vers la mer. Il intervient après des manœuvres conjointes entre Séoul et Washington. La Corée du Nord a tiré dans la nuit de samedi 8 au dimanche 9 octobre un missile balistique vers la mer, le septième en deux semaines, a annoncé l’armée sud-coréenne, citée par l’agence de presse Yonhap.Les chefs d’état-major de l’armée sud-coréenne n’ont pas donné plus de détails. Les services du Premier ministre japonais ont confirmé le tir sur Twitter.La Corée du Nord a effectué un tir présumé de missile balistique.

On a tendance, et c’est une erreur, à réagir davantage aux missiles à longue portée qu’aux missiles à courte portée – jusqu’à 800 kilomètres –, alors que ces derniers ont fait l’objet d’une cinquantaine d’essais ces quatre dernières années.

Ces armes ont démontré leur capacité de pénétration des défenses adverses. Pour faire très simple, un missile balistique, ça monte très haut ; là, ils vont lancer un missile à 50 ou 60 kilomètres d’altitude, puis casser sa trajectoire pour le faire redescendre, ce qui est très difficile à repérer pour les radars. Et ces armes ont surtout atteint une précision de quelques dizaines de mètres. Auparavant, la Corée du Nord n’avait pas cette capacité : soit elle « faisait tapis », soit elle ne faisait rien. Aujourd’hui, elle peut graduer sa réponse. Cela permet par exemple de toucher, avec des frappes limitées, des usines importantes en Corée du Sud – on pense aux trois grandes usines de semi-conducteurs de Samsung.

Cela change la façon dont la Corée du Sud doit répondre. Elle veut à la fois conserver la dissuasion que représente l’arme nucléaire de son allié américain, et développer une dissuasion par des armes conventionnelles. Séoul a présenté il y a deux jours un nouveau missile balistique, le Hyunmoo-5, qui pourrait avoir une charge de 7 à 8 tonnes. C’est énorme : d’habitude, un missile balistique emporte une tonne ou une tonne et demie sur ce type de portée.

La Corée du Nord tire deux missiles peu de temps après les exercices américains de la Corée du Sud,

 La Corée du Nord tire deux missiles peu de temps après les exercices américains de la Corée du Sud, La Corée du Nord a tiré deux missiles à courte portée vers ses heures de la côte orientale après que l'armée américaine a conclu des exercices de formation militaire avec la Corée du Sud. Votre navigateur ne soutient pas cette vidéo Les chefs d'état-major interarmées de la Corée du Sud ont déclaré dans un communiqué qu'ils ont détecté les deux missiles lancés entre 1 h 48 et 1 h 58 dimanche à partir de Cité côtière de la Corée du Nord, la ville côtière de Munchon.

Cela fait partie de ce que la Corée du Sud appelle le « KMPR », pour « Korean Massive Punishment and Retaliation » [« représailles et punition coréennes massives »]. Le message est explicite : il consiste à pallier l’asymétrie entre le Nord et le Sud, en disant « nous n’avons pas d’arme nucléaire, mais nous le compensons par des capacités conventionnelles extrêmement importantes », capables de détruire des cibles enterrées, très protégées.

Les Occidentaux scrutent les progrès de Pyongyang à la fois en ce qui concerne les bombes atomiques et en ce qui concerne les missiles qui les emportent. Ses technologies sont-elles matures dans ces deux domaines ?

Il s’agit de savoir si la Corée du Nord a des armes nucléaires suffisamment miniaturisées et fiables pour équiper des missiles qui soient également opérationnels et fiables. Il y a de fortes probabilités qu’elle puisse déjà frapper la Corée du Sud ou le Japon. La question se pose pour les Etats-Unis. On considère qu’il n’est pas impossible qu’elle puisse déjà le faire ; en tout cas, dire qu’elle ne le peut pas, c’est prendre des risques. Par ailleurs, il n’y a pas forcément besoin d’un missile : imaginez un mini-sous-marin avec une arme qui explose à l’entrée du fleuve Han, devant Séoul, ou à côté de l’aéroport.

Pourquoi ce pouvoir autoritaire a-t-il jugé nécessaire de passer par une loi, début septembre, pour réviser sa doctrine d’emploi de l’arme nucléaire ?

La loi de 2022 annule celle de 2013, en installant davantage d’ambiguïté quant aux scénarios d’utilisation. Elle dit que la Corée du Nord n’utilisera pas d’arme nucléaire contre une puissance qui n’en dispose pas, sauf en cas de « collusion » avec une puissance nucléaire. Ce cas, c’est celui de la Corée du Sud. C’est parce qu’elle a de nouvelles capacités que la Corée du Nord peut faire évoluer sa doctrine, de manière à disposer d’un éventail d’options plus large dans la gestion d’une escalade militaire, avec un niveau de dissuasion encore plus important.

En Corée du Nord, une nouvelle loi autorise les frappes nucléaires préventives

Où en sont les négociations de dénucléarisation ?

Elles restent un objectif inscrit dans les résolutions du Conseil de sécurité, dans un horizon lointain. Mais aujourd’hui, on n’a plus aucune négociation. Ce qui s’est passé, historiquement, c’est qu’avant de reprendre les négociations, la Corée du Nord démontrait ses capacités. On est peut-être – c’est trop tôt pour le dire – dans une séquence où elle va multiplier les essais, y compris nucléaires, avant de potentiellement reprendre les pourparlers. Qui ne porteront pas sur la dénucléarisation en tant que telle : la Corée du Nord va essayer d’obtenir des levées de sanctions contre un gel partiel de son programme.

La Corée du Nord tire un nouveau missile et multiplie les manoeuvres à la frontière Sud .
Nouvel essai de missile balistique, passages d'avions de chasse, tirs d'artillerie en mer: Pyongyang s'est livré jeudi et vendredi à des démonstrations de force militaire près de la frontière avec la Corée du Sud, affirmant répondre à des "provocations" de Séoul.La Corée du Nord a multiplié ces dernières semaines les essais d'armes décrits comme des simulations de frappes "nucléaires tactiques" contre des cibles en Corée du Sud.

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