Monde: Guerre en Ukraine : Après la libération de Kherson, quelles batailles à venir pour Kiev ?

Russie est en retraite - Serait-ce un piège?

 Russie est en retraite - Serait-ce un piège? Russie a publié une retraite de la région ukrainienne sud de Kherson, un quartier crucial que Moscou a illégalement affirmé annexer. Selon , le Washington Post , la Russie quittant Kherson est un indicateur de l’efficacité de la contre-offensive de l’Ukraine. © Libkos, Associated Press Un incendie de véhicules d'artillerie autopropulsée près de Bakhmut, région de Donetsk, Ukraine, mercredi 9 novembre 2022. Quand la Russie a-t-elle émis un retrait de Kherson? Mercredi, Sergei K.

La victoire des forces ukrainiennes à Kherson est une belle avancée mais du chemin reste à parcourir avant la reconquête du territoire

Une unité des forces spéciales ukrainiennes pose devant le monument de bienvenue de bienvenue de Kherson, après la reprise de la ville, le 14 novembre 2022 © Federico Quintana/ Une unité des forces spéciales ukrainiennes pose devant le monument de bienvenue de bienvenue de Kherson, après la reprise de la ville, le 14 novembre 2022 etape cle - La victoire des forces ukrainiennes à Kherson est une belle avancée mais du chemin reste à parcourir avant la reconquête du territoire

Les émulsions de joie des habitants de Kherson, drapeaux ukrainiens en main, ont montré à quel point l’occupation russe de la ville avait été difficile pendant près de neuf mois. A leur arrivée, les soldats ukrainiens ont été accueillis avec fleurs et embrassades. Même le président Volodymyr Zelensky s’est rendu dans la ville dès lundi, alors qu’elle n’était pas encore sécurisée, pour entonner l’hymne du pays.

en cours alors que l'Ukraine libère la ville clé de Kherson

 en cours alors que l'Ukraine libère la ville clé de Kherson Les fêtes de la rue Les soldats ukrainiens ont été accueillis avec des câlins émotionnels et des fleurs alors qu'ils arrivaient au cœur de Kherson vendredi après que les troupes russes se soient retirées de la ville.

Cette victoire ukrainienne est d’autant plus importante qu’elle est un sacré revers pour l’armée russe. Depuis septembre, cette dernière est en difficulté face aux contre-offensives des forces ukrainiennes. Avec la perte de Kherson, les Russes perdent la capitale d’une des régions annexées par Moscou en septembre. Les combattants de Kiev ont néanmoins encore beaucoup à faire avant de reconquérir leur territoire entier. Et pourquoi pas jusqu’à la Crimée. On ne sait pas si les forces ukrainiennes auront les capacités de le faire, mais « ils en ont la volonté », affirme à 20 Minutes Isabelle Dufour, directrice des études stratégiques chez Eurocrise.

Une semaine après sa libération, où en est Kherson ?

Prise par les Russes le 2 mars, la ville est libérée après l’ordre d’évacuation des soldats russes le 9 novembre. Mais la vie n’a pas encore repris son cours normal pour autant. Les habitants n’ont parfois plus d’eau, plus d’électricité. « Avant de fuir Kherson, les occupants ont détruit toutes les infrastructures essentielles - communication, fourniture d’eau, de chauffage, électricité », a ainsi déclaré le président ukrainien le 12 novembre. Il va alors falloir déblayer les décombres, reconstruire les infrastructures vitales et essentielles comme l’évacuation des eaux usées, le traitement des déchets.

Guerre en Ukraine. Sourires et fleurs à Kiev, Banksy signe son graffiti... Le point de la nuit

  Guerre en Ukraine. Sourires et fleurs à Kiev, Banksy signe son graffiti... Le point de la nuit Vendredi soir, c'est dans la liesse que des habitants de Kherson, réfugiés depuis des mois à Kiev, ont fêté la nouvelle du recul de l'armée russe dans leur ville : des rassemblements se sont formés place Maïdan. Emmanuel Macron a félicité l'Ukraine tandis que Joe Biden a salué cette « victoire extraordinaire ». L'artiste Banksy a confirmé être l'auteur du graffiti de Borodianka. Retour sur les événements qui ont marqué la nuit du vendredi 11 au samedi 12 novembre 2022. « Enfin ma ville libre, celle où je suis née, où j'ai vécu toute ma vie », dit les larmes aux yeux Nastia Stepenska, les couleurs nationales peintes sur les joues.

Les Russes ont par ailleurs pu disposer des pièges dans leur fuite de l’autre côté du Dniepr, le fleuve qui longe la ville. L’importance de cette ville pour le Kremlin, en raison de sa situation clef pour relier la Crimée annexée par la Russie depuis 2014 et le port ukrainien d’Odessa à l’Ouest, lui a épargné la destruction. Mais le danger n’est pas complètement écarté. « Il existe un risque de sabotages, de pièges et de minages » de la ville laissés par les Russes, prévient Isabelle Dufour.

Le chef de la police nationale, Igor Klymenko a ainsi alerté les habitants de la ville sur la présence d’engins explosifs laissés par les forces russes et les a appelés à « se déplacer avec précaution ». Selon lui, un policier a été blessé lors d’une opération de déminage dans un bâtiment à Kherson. « Il y a une phase de transition entre la planification militaire à la planification civile », explique Isabelle Dufour. C’est désormais au génie civil ukrainien de se mettre eu déminage, et ça peut prendre du temps, plusieurs semaines. Mais contrairement à d’autres terrains de guerre récents, ici les habitants ont tout intérêt à aider leurs combattants à dénicher les dangers. « Les habitants de Kherson vont les aider à trouver, signaler tel appartement qui a servi de base ou susceptible d’être piégé », développe Isabelle Dufour. « Ils participent à leur libération », résume-t-elle.

Guerre en Ukraine: Kherson reprise aux Russes, Kiev entrevoit une « victoire commune » de l’Occident

  Guerre en Ukraine: Kherson reprise aux Russes, Kiev entrevoit une « victoire commune » de l’Occident L’Ukraine a jugé samedi 12 novembre 2022 que l’Occident était sur la voie d’une « victoire commune » sur la Russie au lendemain de la reprise de la ville de Kherson, épisode salué comme un « jour historique » par le président ukrainien Volodymyr Zelensky. L’hymne national ukrainien a retenti dans cette ville du sud de l’Ukraine, vendredi, après que les troupes russes s’en furent retirées.Kherson avait été la première grande ville à tomber après l’invasion russe déclenchée fin février.

Comment les forces ukrainiennes peuvent-elles poursuivre la contre-offensive ?

Après l’évacuation forcée de plus de 70.000 de civils hors de la ville, l’armée russe a traversé le Dniepr pour se retrancher de l’autre côté du fleuve, sur la rive gauche. Pour continuer leur percée, les forces ukrainiennes devront-elles, aussi, fendre le fleuve. « Mais ça risque d’être compliqué », prévient Isabelle Dufour. « Les ponts et les embarcations ont été détruits, dans leur fuite, les Russes n’ont rien laissé qui pourrait servir à traverser », précise-t-elle.

Par ailleurs, un assaut par l’eau « demande de gros moyens militaires et d’appui alors que les Russes pourraient taper les forces ukrainiennes au moment du débarquement, c’est très risqué », abonde la directrice des études stratégiques chez Eurocrise. D’autant que les forces ukrainiennes ne sont pas réputées pour leur volet maritime, néanmoins « les Ukrainiens nous ont souvent surpris dans cette guerre », nuance-t-elle. Cela dépend alors des capacités de l’armée ukrainienne mais aussi de l’état des forces russes en face.

A Kherson, huit mois de résistance à l'occupation russe malgré la peur

  A Kherson, huit mois de résistance à l'occupation russe malgré la peur L'ukrainien utilisé au quotidien, des notes écrites sur les mouvements de l'ennemi, le refus d'acheter des produits russes: à Kherson, les habitants disent avoir usé de plusieurs moyens pour résister à l'occupation de la ville par les troupes de Moscou, malgré la peur. - "Je parlais ukrainien" - Lada Koloskova, journaliste à la radio locale, explique, elle, avoir utilisé une autre arme pour faire face à l'occupation russe: en parlant ukrainien au quotidien."Je parlais ukrainien. Mes amis parlaient ukrainien entre eux, comme tout le monde. Même les habitants russophones s'y sont mis", affirme cette femme de 47 ans.

L’autre moyen, c’est l’encerclement. Au lieu de traverser, les combattants de l’armée de Kiev pourraient isoler les positions russes dans la région de Kherson « qui tomberait d’elle-même », analyse Isabelle Dufour. « Les Russes sont dans une position défensive, c’est plus facile à tenir mais aussi plus facile à cibler », souligne-t-elle encore. D’autant que l’on constate de nombreuses manœuvres des troupes russes vers Zaporojie. « Ils sont peut-être en train de se réorganiser », explique Isabelle Dufour. Et les forces ukrainiennes pourraient « profiter de ce point faible », ajoute-t-elle.

Quelles batailles reste-t-il à mener ?

La victoire à Kherson est d’autant plus marquante que le repli russe est le troisième d’ampleur depuis le début de l’invasion le 24 février, la Russie ayant dû renoncer au printemps à prendre Kiev face à la résistance acharnée des Ukrainiens, avant d’être chassée de la quasi-totalité de la région de Kharkiv (nord-est) en septembre. « Ce n’est qu’ensemble que nous pourrons l’emporter et chasser la Russie d’Ukraine. Nous sommes sur la bonne voie », a ainsi déclaré le 12 novembre le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kuleba.

Mais de nombreuses batailles restent à mener. A Bakhmout sur le front Est, les combats continuent à faire rage. Moscou tente de conquérir cette ville depuis l’été. C’est le principal champ de bataille où l’armée russe, appuyée par les hommes du groupe paramilitaire Wagner, reste à l’offensive. Toutefois, « la Russie y déploie beaucoup d’efforts pour peu de retombées sur le terrain, ils s’épuisent et même si les Ukrainiens y perdent un peu de terrain, ce n’est pas significatif », estime Isabelle Dufour. D’autant qu’une prise de Bakhmout par l’armée russe serait une belle victoire, mais pas autant que celle des Ukrainiens à Kherson, ville annexée appartenant au récit russe de la victoire. Et si d’autres capitales de régions annexées, à Donetsk, Louhansk ou Zaporojie étaient libérées par les forces ukrainiennes, « ce serait catastrophique » militairement mais surtout politiquement pour Moscou, poursuit Isabelle Dufour.

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Kiev a déjà prévenu : la victoire totale ne serait établie qu’à la reprise de la totalité de leur territoire, y compris la Crimée. Si elle est libérée, avec le Donbass à l’Est, « ce serait la victoire ultime », selon la directrice des études stratégiques chez Eurocrise. C’est une possibilité qui n’est pas exclue. Les Ukrainiens sont désormais à 90 km de la région. « A voir s’ils ont les capacités, mais ils ont en tout cas la volonté, rappelle Isabelle Dufour. Et ce serait une humiliation ultime. » Pour cela, il faudra sans doute davantage d’aide occidentale militaire. Alors si l’Ukraine parvient à passer le Dniepr et semer la panique côté russe, ils pourraient ensuite mettre toutes leurs forces sur la Crimée.

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