Monde: États-Unis : comment la présidence Trump s'embourbe dans l'affaire ukrainienne

Etats-Unis: les candidats démocrates unis contre Trump lors d'un débat pour les primaires

  Etats-Unis: les candidats démocrates unis contre Trump lors d'un débat pour les primaires Dans cette édition spéciale consacrée à l'offensive turque sur le Rojava, la région kurde du nord-est de la Syrie, Express Orient se rend d'abord à la frontière turco-syrienne, à la rencontre des Kurdes de Turquie. Joëlle Bassoul de l'ONG "Save the children" explique également les conséquences humanitaires de cette offensive. Enfin, l'analyse des craintes occidentales quant à une éventuelle résurgence du groupe État islamique.

Le développement de l'affaire ukrainienne agite de plus en plus la vie politique américaine ces derniers jours. Avec pour conséquence, quelques coups d'éclat.

Le président américain Donald Trump, le 17 octobre 2019. © REUTERS Le président américain Donald Trump, le 17 octobre 2019.

Jusqu'où ira l'affaire ukrainienne ? Devant l'accumulation de témoignages à charge contre Donald Trump, la pression monte à Washington. À l'origine de l'affaire, le signalement d'un lanceur d'alerte après une conversation jugée troublante entre le président américain et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, le 25 juillet dernier.

Une enquête a depuis été lancée par la Commission judiciaire de la Chambre des représentants, en vue d'une éventuelle procédure de destitution de Donald Trump. Les démocrates du Congrès américain soupçonnent en effet le président d'avoir abusé de son pouvoir en faisant pression sur l'Ukraine pour qu'elle enquête sur son rival politique Joe Biden. Les élus le suspectent pour cela d'avoir conditionné à ces investigations l'octroi à Kiev d'une aide militaire de plusieurs centaines de millions de dollars.

Donald Trump s’enlise dans une affaire ukrainienne plus tentaculaire que prévue

  Donald Trump s’enlise dans une affaire ukrainienne plus tentaculaire que prévue Chaque jour apporte son lot de nouvelles révélations dans l’affaire ukrainienne dans laquelle est enlisé Donald Trump. Mais le président américain et son administration font bloc, déterminer à ne pas coopérer avec l’enquête, qu’ils jugent illégitime.Après deux semaines sans siéger, le Congrès a fait sa rentrée le même jour. Pendant ces deux semaines, les élus démocrates de la Chambre des représentants n’ont pas chômé, avançant leurs investigations.

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Dans le camp républicain, on dénonce une campagne de "calomnies" visant à salir l'administration en place, avant l'élection présidentielle de 2020. La Maison Blanche a d'ailleurs refusé de coopérer avec l'enquête, sans parvenir toutefois à bloquer les auditions de témoins sous le coup d'assignations. Dans ce contexte délétère, les récents développements de l'affaire n'ont pas contribué à apaiser le débat. Bien au contraire, ces derniers jours la pression se fait toujours plus forte sur les épaules de l'administration Trump.

Interruption de l'audition d'un témoin clé par des élus républicains

Furieux de ne pas être assez impliqués dans l'enquête des démocrates en vue d'une procédure de destitution de Donald Trump, des élus républicains du Congrès américain ont interrompu mercredi un témoignage à huis clos, créant un rare chaos sur la colline du Capitole. Plus d'une vingtaine d'entre eux ont fait irruption dans une pièce sécurisée, retardant le témoignage d'une responsable du Pentagone, dans le cadre de l'enquête démocrate.

Aveu de Mulvaney, témoignage de Sondland : la Maison-Blanche s'embourbe dans l'affaire ukrainienne

  Aveu de Mulvaney, témoignage de Sondland : la Maison-Blanche s'embourbe dans l'affaire ukrainienne Entre l'aveu de Mick Mulvaney et le témoignage de Gordon Sondland, la journée de jeudi a été riche en informations impliquant encore plus la Maison-Blanche dans «l'affaire ukrainienne».«J'ai été impliqué dans la procédure par laquelle l'argent a été retenu, ok? Trois questions à ce propos : la corruption dans le pays, savoir si d'autres pays aidaient aussi l'Ukraine et s'ils coopéraient avec l'enquête en cours au département de la Justice.

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En violation avec les règles de sécurité de la Chambre, les parlementaires ont pénétré dans cette pièce avec leurs téléphones portables, relayant en direct, pour certains, leur coup d'éclat sur Twitter. Selon les informations du Washington Post, Adam Schiff, le président démocrate de la commission du Renseignement à la Chambre, a été contraint d'appeler le sergent d'armes de la Chambre, avant de quitter la salle.

Après plusieurs heures de retard, l'audition de Laura Cooper, chargée de la Russie, l'Ukraine et l'Europe centrale au Pentagone, a finalement pu démarrer dans l'après-midi.

Des républicains sont pourtant présents au sein de la Commission du renseignement, et ont la possibilité d'interroger les témoins. La critique portant sur le manque de transparence permet néanmoins de freiner la progression de l'enquête, au terme de laquelle les démocrates - majoritaires à la Chambre - peuvent décider de voter un "impeachment" de Donald Trump.

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Témoignage accablant d'un diplomate

D'autant plus que mardi, la veille de l'incident, un diplomate américain en poste en Ukraine avait livré devant le Congrès un témoignage accablant, accréditant l'idée que Donald Trump a utilisé la politique étrangère américaine à des fins politiques personnelles. Bill Taylor s'est ainsi exprimé pendant 10 heures, confortant les démocrates dans leurs soupçons.

Lors d'une déclaration à huis clos, dont le contenu a rapidement fuité, le diplomate a relaté que Gordon Sondland, ambassadeur américain auprès de l'Union européenne, lui avait clairement indiqué que Donald Trump avait lié le déblocage d'une aide à l'Ukraine à l'annonce par Kiev d'une enquête visant le fils de Joe Biden, qui fut au conseil d'administration d'une entreprise ukrainienne. Gordon Sondland "m'a dit (..) que tout était lié à une telle annonce, y compris l'aide", a-t-il raconté dans une longue déclaration de 15 pages, publiée dans son intégralité par le Washington Post.

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Dans un message daté de début septembre adressé à Gordon Sondland, Bill Taylor s'inquiétait même ouvertement des pressions exercées par la Maison Blanche sur la présidence ukrainienne. Je "trouve ça dingue de suspendre l'aide sécuritaire en échange d'un coup de main pour une campagne politique", écrivait-il.

Après le témoignage accablant d’un diplomate, Trump sort les rames pour se défendre

  Après le témoignage accablant d’un diplomate, Trump sort les rames pour se défendre Accusé d’avoir fait pression sur l’Ukraine pour aider ses ambitions politiques personnelles, le président américain a tenté une défense fragile mercredi.Reprenant les mots d’un élu républicains interrogé par Fox News, le président a tweeté mercredi 23 octobre : « Ni lui (Taylor) ou d’autres témoins n’ont pu démontrer que les Ukrainiens étaient au courant que l’aide militaire était suspendue. On ne peut pas avoir un “quid pro quo” [le chantage qu’on l’accuse d’avoir exercé sur l’Ukraine, NDLR] sans quo […].

À la suite de ce témoignage, nombre d'élus démocrates ayant assisté à l'audition ont insisté sur la force de cette déposition. "Ce que j'ai entendu aujourd'hui de la part de Bill Taylor était très troublant et explosif", a tweeté Adriano Espaillat. "C'était tout simplement le témoignage le plus accablant que j'ai entendu", a surenchéri l'élue Debbie Wasserman Schultz. Si la Chambre vote l'inculpation de Donald Trump, la procédure passerait ensuite au Sénat, à majorité républicaine, pour le "procès" du président.

Un "lynchage" pour Donald Trump

Dans le camp présidentiel, on dénonce "une chasse aux sorcières", un argument déjà martelé Donald Trump lors de l'enquête russe. Si le locataire de la Maison Blanche n'a pas réagi directement à ce témoignage de Bill Taylor, sa porte-parole, Stephanie Grisham, a dénoncé une "campagne de calomnies" menée "par des élus d'extrême gauche et des bureaucrates radicaux non-élus, qui sont en guerre contre la Constitution".

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Plus tôt dans la semaine, le président américain s'était plus que jamais posé en victime. "Un jour, si un démocrate devient président et que les républicains remportent la Chambre des représentants, même avec une toute petite marge, ils peuvent lancer une procédure de mise en accusation du président, même sans respect des procédures, sans équité ou sans droits", avait tweeté le milliardaire républicain. "Tous les républicains doivent se souvenir de ce à quoi ils assistent ici : un lynchage".

Un officier respecté livre un témoignage à charge contre Donald Trump

  Un officier respecté livre un témoignage à charge contre Donald Trump Donald Trump a cherché à minimiser son témoignage en soulignant sur Twitter n’avoir « jamais entendu parler » de lui. La valse des témoins dans l’affaire ukrainienne continue au Congrès américain. Mardi 29 octobre, c’est un responsable de la Maison-Blanche et officier décoré pour ses faits d’armes qui a livré un témoignage embarrassant pour Donald Trump lors d’une audition au Congrès, où les élus démocrates ont révélé le cadre formel qu’ils comptent donner à la suite de l’enquête ouverte en vue de destituer le président républicain.

L'emploi de ce terme a suscité de très vives réactions dans la capitale fédérale américaine, pourtant habituée aux déclarations volontairement provocatrices de l'ancien homme d'affaires de New York. Même Mitch McConnell, chef de la majorité républicaine au Sénat et fervent supporter de Donald Trump, a exprimé son désaccord. "Compte tenu de l'histoire de notre pays, je ne comparerais pas cela à un lynchage", a-t-il déclaré, déplorant un choix de mots "regrettable".

"C'est un mot qu'aucun président ne devrait utiliser pour lui-même", a réagi le démocrate James Clyburn sur CNN. "Je viens du Sud. Je connais l'histoire de ce mot. C'est un mot qu'il faut utiliser avec beaucoup, beaucoup de prudence", a ajouté l'élu afro-américain.

"Un lynchage ? 4743 personnes ont été lynchées aux États-Unis entre 1882 et 1968, parmi lesquels 3446 Afro-Américains", a réagi Kristen Clarke, présidente d'une association de défense des droits civiques. Et d'ajouter que les lynchages furent un chapitre "répugnant" de l'histoire américaine, soulignant par là même la fracture croissante en cours dans le pays.

Donald Trump hué par le public lors d'un combat de MMA à New York .
Le président américain a été hué samedi par des spectateurs d'une soirée de combats d'arts martiaux mixtes. Certains l'ont toutefois applaudi.

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