Monde: 100 jours à la Maison-Blanche : dans les pas de Joe Biden

Dans l’Arizona, Jill Biden à l’écoute de la Nation navajo

  Dans l’Arizona, Jill Biden à l’écoute de la Nation navajo Après le Nouveau-Mexique, Jill Biden s’est rendue dans l’Arizona, où elle est allée à la rencontre de membres de la Nation navajo. 1/12 DIAPOSITIVES © Mandel Ngan / Pool / Reuters Jill Biden dans la réserve de la Nation navajo à Window Rock, dans l'Arizona, le 22 avril 2021. Jill Biden dans la réserve de la Nation navajo à Window Rock, dans l'Arizona, le 22 avril 2021. 2/12 DIAPOSITIVES © Mandel Ngan / Pool / Reuters Jill Biden dans la réserve de la Nation navajo à Window Rock, dans l'Arizona, le 22 avril 2021.

Le Parisien © Fournis par Le Parisien Le Parisien

Depuis son investiture, le 20 janvier 2021, Joe Biden, le 46e président des Etats-Unis, a réussi à capitaliser sur le succès de la campagne de vaccination, à renouer le dialogue international, à lancer un plan d’investissements massif, tout en imposant un style très différent de celui de son prédécesseur. Récit de ces premiers pas décisifs.

20 janvier : faire oublier Donald Trump

En cette fin d’après-midi, Joe Biden, 78 ans, est fatigué, mais soulagé. Son investiture, sous tension après les violences qui ont éclaté au Capitole le 6 janvier, s’est finalement déroulée dans le calme. Les déménageurs ont métamorphosé la Maison-Blanche en quelques heures, et le président prend possession du Bureau ovale, redécoré selon ses goûts, avec un grand tapis bleu foncé, sur lequel est dessiné l’aigle américain. Mais la journée n’est pas terminée. Il doit encore s’adresser à ses futures équipes.

Joe Biden L'évaluation de l'approbation bat seulement le score 100 jours de Donald Trump et Gerald Ford: Sondage

 Joe Biden L'évaluation de l'approbation bat seulement le score 100 jours de Donald Trump et Gerald Ford: Sondage Joe Biden L'évaluation après 100 jours de bureau était plus élevée que celle de Donald Trump et Gerald Ford , un nouveau sondage suggère , avec de nombreux électeurs interrogeant la manipulation du président de la crise des frontières. © Brendan SMIALOWSKI / Contributateur / Getty Joe Biden's Les cotes d'approbation de Biden ne sont que supérieures à Gerald Ford et Donald Trump après 100 jours dans la Maison Blanche, selon un nouveau sondage.

Le 20 janvier 2021, premier jour de son investiture, Joe Biden, à peine installé dans le Bureau ovale, signe ses premiers décrets. © Fournis par Le Parisien Le 20 janvier 2021, premier jour de son investiture, Joe Biden, à peine installé dans le Bureau ovale, signe ses premiers décrets.

En guise de motivation, il leur délivre cet avertissement : « Je ne plaisante pas : si vous travaillez avec moi et que je vous entends manquer de respect à un collègue, lui parler de haut, je vous promets que je vous virerai sur-le-champ. Sur-le-champ ! Tout le monde a droit d’être traité avec respect et dignité. C’est ce qui a cruellement manqué ces quatre dernières années. » Le message fait mouche. Et, quelques semaines plus tard, Joe Biden mettra sa menace à exécution. Le secrétaire adjoint à la presse T. J. Ducklo sera contraint à la démission après avoir menacé une journaliste poli­tique.

100 jours à la Maison Blanche : « Contrairement à Donald Trump, Joe Biden n’est pas le centre de l’attention »

  100 jours à la Maison Blanche : « Contrairement à Donald Trump, Joe Biden n’est pas le centre de l’attention » Le président américain laisse les résultats sur la vaccination et l’économie parler pour lui, mais la crise migratoire pourrait lui coûter cher politiquement l’an prochain © CNP/NEWSCOM/SIPA Le président américain Joe Biden le 27 avril 2021 à la Maison Blanche. ETATS-UNIS - Le président américain laisse les résultats sur la vaccination et l’économie parler pour lui, mais la crise migratoire pourrait lui coûter ch De notre correspondant aux Etats-Unis, Un président normal pour des temps exceptionnels.

Une présidence morale, à des années-lumière de celle de Donald Trump : voilà l’image que veut renvoyer Joe Biden. Il veut aussi faire oublier certaines des mesures emblématiques de son prédécesseur. Parmi les premiers décrets qu’il signe sur son bureau en chêne, derrière lequel ses photos de famille ont remplacé celles du milliardaire, figure le retour des Etats-Unis dans l’Accord de Paris sur le climat.

PODCAST. Les 100 premiers jours de Joe Biden à la Maison-Blanche

Le soir, la nouvelle famille présidentielle, privée du traditionnel bal d’inauguration, pandémie oblige, se rend à un concert sans public au pied du mémorial de Lincoln. L’événement, animé par Tom Hanks, est diffusé à la télévision : quatre-vingt-dix minutes durant lesquelles se succèdent, en direct et en différé, des stars comme Bruce Springsteen ou Katy Perry, mais aussi un chauffeur-livreur, une institutrice et un jeune bénévole de 8 ans… pour « rendre hommage aux hommes et aux femmes de ce pays qui lui ont donné de la force ». Le ton du mandat est donné.

Les cent jours de Joe Biden : un premier bilan

  Les cent jours de Joe Biden : un premier bilan OPINION. En cent jours à la Maison-Blanche, Joe Biden a déjà adopté de très nombreux décrets et imprimé sa marque à la politique américaine. Par Jean-Éric Branaa, Maître de conférences politique et société américaines (Paris 2 Panthéon-Assas).La révolution a pourtant été faite dans le velours : fidèle à ce qu'il a toujours été, Joe Biden parle d'une voix calme et douce. C'était d'ailleurs là l'une de ses promesses : en finir avec le côté « bruyant » de son prédécesseur. Toutefois, ce n'est pas ce que l'on retient en premier de ce début de mandat.

24 janvier : la main tendue à Paris

Le président américain est fier de ses origines. D’abord irlandaises, mais aussi françaises. Joe Robinette Biden a hérité du nom de jeune fille de sa grand-mère paternelle. Alors, forcément, quand il a Emmanuel Macron en ligne, il lui rappelle que la France tient une place particulière dans son cœur. Les deux hommes ne se sont jamais rencontrés, mais c’est la deuxième fois qu’ils discutent au téléphone. En novembre, au lendemain des résultats, le président français avait appelé le nouvel élu pour le féliciter.

Cette fois, le coup de fil est long, plus d’une heure et demie, toujours en anglais. Iran, Chine, Russie, Europe, climat et, bien entendu, pandémie sont au menu. Le ton est cordial, même amical, et Joe Biden prouve qu’il maîtrise déjà bien les dossiers. Si son pays reste sa priorité, il insiste sur la nécessité de se rapprocher de ses alliés. Un message bienvenu en France et en Europe. Cerise sur le gâteau, l’Américain promet à son interlocuteur de regarder de plus près le dossier des tarifs douaniers sur le vin français mis en place par Donald Trump. Quelques semaines plus tard, un moratoire sera annoncé.

« A l’inverse de Donald Trump, Joe Biden fait le choix de la rareté, du calme, jusqu’à l’ennui »

  « A l’inverse de Donald Trump, Joe Biden fait le choix de la rareté, du calme, jusqu’à l’ennui » « Avec ses hausses d’impôts, le président américain fait un pari risqué, mais potentiellement révolutionnaire », analyse Gilles Paris, correspondant du « Monde » à Washington. © Fournis par Le Monde Le président des Etats-Unis, Joe Biden, entouré de sa vice-présidente, Kamala Harris, et de la speaker de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, à Washington, le 29 avril 2021. Correspondant du Monde à Washington, Gilles Paris a répondu aux questions des internautes sur le bilan des cent premiers jours de Joe Biden à la présidence des Etats-Unis et sur les défis qui attendent le démocrate.

3 février : un cabinet de la diversité, une vice-présidente discrète

La main droite levée, l’autre posée sur une bible tenue par son mari, Pete Buttigieg, choisi par Joe Biden comme secrétaire aux Transports, jure de protéger la Constitution des Etats-Unis. Derrière son masque, Kamala Harris, qui vient de lui faire prêter serment, ne contient pas sa joie. « Félicitations monsieur le ministre, félicitations ! » dit-elle en riant, avant de saluer, d’un coup de coude complice, son ex-rival aux primaires démocrates. A 39 ans, Pete Buttigieg devient le premier membre du cabinet ouvertement homosexuel, adoubé par une femme vice-présidente aux origines jamaïcaines et indiennes. Du jamais-vu.

PODCAST. Qui est Kamala Harris, vice-présidente élue des Etats-Unis et nouvelle icône démocrate ?

Joe Biden avait promis de la diversité dans ses équipes, les Américains ont désormais des dirigeants qui leur ressemblent. Pour la première fois, un Africain-Américain, Lloyd Austin, devient ministre de la Défense. A la Sécurité intérieure, en charge des questions migratoires, c’est Alejandro Mayorkas, d’origine cubaine, qui est choisi. Et la secrétaire adjointe à la Santé, Rachel Levine, est transgenre.

Les heureux élus se sont mis au travail sans faire de vague. Même Kamala Harris, soupçonnée d’avoir des vues sur la Maison-Blanche en 2024, contient son caractère bien trempé et joue son rôle de numéro 2 en toute discrétion.

Biden pousse les dépenses d'éducation à la Virginie

 Biden pousse les dépenses d'éducation à la Virginie Yorktown, V. (AP) - Le président Joe Biden et la première dame ont parcouru lundi à la Virginie côtière pour promouvoir ses plans d'accroître les dépenses d'éducation et d'enfants, une proposition de sa famille de 1,8 milliard de dollars. annoncé la semaine dernière. © Fourni par Associated Press President Joe Biden et Première Dame Jill Biden, observez un étudiant démontrant son projet, lors d'une visite de Yorktown Elementary School, le lundi 3 mai 2021, à Yorktown, en Va.

Le nouveau secrétaire aux Transports, Pete Buttigieg (à g.), la main posée sur une Bible tenue par son mari, Chasten, prête serment devant Kamala Harris, le 3 février. © Fournis par Le Parisien Le nouveau secrétaire aux Transports, Pete Buttigieg (à g.), la main posée sur une Bible tenue par son mari, Chasten, prête serment devant Kamala Harris, le 3 février.

Du 14 au 16 février : une famille soudée

Le froid est tombé sur Washington et, en ce matin de Saint-Valentin, Joe Biden et son épouse se baladent dans les jardins de la Maison-Blanche, un mug de café à la main. Major et Champ, les deux bergers allemands du couple, trottinent à leurs côtés. Pour l’occasion, Jill Biden a fait planter des cœurs géants. On peut y lire : « Guérison », « Unité », « Compassion », « Amour », « Courage »… « La Saint-Valentin, c’est un grand jour, le préféré de Jill, je vous assure », confie le président, décontracté, aux journalistes qui les suivent.

Alors que Melania Trump a plusieurs fois repoussé la main de son mari, Donald, la nouvelle famille présidentielle ne perd jamais une occasion de se montrer aimante. Deux présidences, deux manières d’occuper la Maison-Blanche. Quand son prédécesseur passait une grande partie de ses journées à regarder les chaînes d’info et à tweeter ce qui lui passait par la tête, Joe Biden, lui, a un emploi du temps bien cadré et met un point d’honneur à se coucher tôt. Il prend plaisir à rajouter lui-même des bûches dans la cheminée du Bureau ovale.

«Gentillesse», «Guérison», «Compassion», «Amour», «Courage» font partie des pancartes que Jill Biden a fait poser autour de la Maison-Blanche pour la Saint-Valentin. © Fournis par Le Parisien «Gentillesse», «Guérison», «Compassion», «Amour», «Courage» font partie des pancartes que Jill Biden a fait poser autour de la Maison-Blanche pour la Saint-Valentin.

Et au bling-bling de Mar-a-Lago, la demeure floridienne de Donald Trump, « Uncle Joe » préfère son fief peu glamour du Delaware, où il se rend le week-end. C’est là, à Wilmington, qu’il se recueille régulièrement sur la tombe de son fils après avoir assisté à la messe dans la petite église catholique près de sa maison.

Joe Manchin, l'épine dans le pied de Joe Biden

  Joe Manchin, l'épine dans le pied de Joe Biden Sénateur de Virginie-Occidentale depuis 2010, Joe Manchin est l'élu démocrate au Congrès le plus proche de la droite conservatrice. Réputé pour jouer régulièrement contre son camp, il est le principal obstacle aux réformes voulues par Joe Biden et un adversaire coriace de l'aile gauche américaine. Alors que l'étroite majorité démocrate au Sénat lui offre un poids considérable, le Parti républicain voit en lui un potentiel allié de taille. Et pour cause, en moins de trois mois, il s'est déjà illustré à plusieurs reprises en tentant notamment de raboter l'American Rescue Plan, le plan de soutien à l'économie de 1.

Mais, en ce week-end de Saint-Valentin, suivi par le « jour des présidents », férié aux Etats-Unis, toute la petite famille préfère se rendre à Camp David, la maison de campagne officielle des chefs d’Etat américains, dans le Maryland. Sa petite-fille Naomi poste quelques photos sur Instagram, dont une où le septuagénaire joue à Mario Kart, les mains serrées sur le volant. « Il est un peu rouillé, mais il a quand même gagné, de justesse ! » écrit-elle.

22 février : empathie pour une Amérique en deuil

Le visage baissé et les mains jointes sur son long manteau noir, Joe Biden se recueille. Ce lundi, les Etats-Unis ont franchi le cap des 500 000 morts du Covid-19. Un triste record mondial. A ses côtés, son épouse, Jill, la vice-présidente, Kamala Harris, et son mari, Doug Emhoff, arborent le même air grave. Dans une cérémonie à la chorégraphie millimétrée, les deux couples, sur le perron de la Maison-Blanche recouvert de centaines de bougies, marquent un temps de silence. Puis, le président prend la parole. Il entame ce qui deviendra un rituel à chacune de ses interventions sur la pandémie. De la poche de son manteau, il sort une petite carte avec le bilan humain actualisé. Aux familles des défunts, il adresse ses condoléances. « Je sais que c’est dur, je vous le promets. Je m’en souviens. »

Auprès de son épouse Jill, le 22 février, il rend hommage aux plus de 500 000 morts du Covid-19 aux Etats-Unis. © Fournis par Le Parisien Auprès de son épouse Jill, le 22 février, il rend hommage aux plus de 500 000 morts du Covid-19 aux Etats-Unis.

Ça n’est pas la première fois que Joe Biden fait référence aux drames de sa vie – l’accident de voiture qui a emporté sa première femme et sa fille bébé, en 1972, et le cancer qui a tué son fils Beau, en 2015. Il a fait de son empathie son trait de personnalité emblématique. Dans une Amérique en deuil, il se veut le consolateur en chef. Et sa popularité, pour l’instant, lui donne raison.

28 février : lune de miel historique avec la gauche

Joe Biden : la force tranquille

  Joe Biden : la force tranquille Pour la première fois, on le voit en maître des lieux. Nouveau décor, nouveau style : celui que Trump surnommait « Joe l’endormi » a mené tambour battant les cent premiers jours de son mandat. Gestion réussie de la pandémie, plan de relance de 1 900 milliards de dollars, projets d’envergure pour l’action sociale, retour des États-Unis au cœur de la scène internationale… : le plus âgé des présidents américains s’affiche comme l’un des plus audacieux. © Adam Schultz/Maison-Blanche « Oui, je suis une machine à gaffes. Mais le plus qualifié pour diriger ce pays, c’est moi. » C’était le 3 décembre 2018, autant dire il y a un siècle.

En deux minutes et vingt secondes, le message, envoyé par vidéo sur Twitter, va droit au but. « Je vais être clair : ça n’est pas à moi de décider si quelqu’un doit rejoindre un syndicat ou pas. Je vais être encore plus clair : ça n’est pas non plus à l’employeur de prendre cette décision. Le choix de rejoindre un syndicat est celui des travailleurs, point barre », assène Joe Biden, cadré sobrement au niveau des épaules sur un fond bleu marine. Le président ne cite pas le nom d’Amazon, mais Jeff Bezos a compris le message.

Depuis des semaines, des salariés du géant de l’e-commerce se mobilisent pour former un syndicat en Alabama. L’initiative, qui aurait pu avoir des retentissements dans tout le pays, sera finalement rejetée à l’issue d’un vote des employés. Mais Joe Biden a livré la déclaration la plus pro-syndicale de l’Histoire du pays.

Un appel du pied à la gauche du Parti démocrate incarnée par Bernie Sanders. L’ex-rival aux primaires parle souvent avec le chef de cabinet de la Maison-Blanche. Certains de ses lieutenants ont intégré l’administration Biden. Et le socialiste a été associé à la préparation de cette vidéo. La lune de miel avec le camp progressiste connaît toutefois quelques couacs, comme l’abandon de la hausse du salaire minimum à 15 dollars de l’heure. Pour l’instant, Bernie Sanders avale la pilule sans broncher.

11 mars : le plan Covid-19, première victoire majeure

Ce soir-là, Joe Biden s’adresse pour la première fois à la Nation en prime time. Toutes les chaînes de télévision retransmettent son intervention en direct. Le président a personnellement travaillé ses formulations, aidé par son staff. Durant vingt-cinq minutes, depuis un couloir de la Maison-Blanche, il dresse le terrible bilan d’une année de deuil et de privations, puis délivre un message d’espoir : l’Amérique verra bientôt le bout du tunnel, grâce aux vaccins. Le cap pour la libération est fixé au 4 juillet, jour de la fête nationale.

« Si chacun fait sa part, il y a de bonnes chances que vous, votre famille et vos amis puissiez vous retrouver dans votre quartier et célébrer le jour de l’Indépendance autour d’un barbecue. » Joe Biden touche le cœur et le ventre des Américains, mais aussi leur porte-monnaie. Ce jour-là, il a signé la loi qui prévoit de distribuer 1 400 dollars à ceux qui gagnent moins de 75 000 dollars par an.

Sous Donald Trump, la population avait déjà reçu deux paiements directs. Mais pas question, cette fois, d’écrire son nom sur les chèques. Joe Biden préfère se montrer humble. L’American Rescue Plan Act, un plan de relance ultra-populaire de 1 900 milliards de dollars, adopté par procédure spéciale au Congrès, est sa grande victoire de début de mandat.

16 mars : la diplomatie à l’ère Biden

Pour sa première interview en tant que président, Joe Biden a choisi ABC News. Assis dans un gymnase redécoré en studio, il fait face à George Stephanopoulos, un journaliste chevronné. Bon élève, il répond, stylo et carnet de notes à la main, aux questions de son interlocuteur. Mais, à l’évocation de la Russie, l’Américain montre les muscles. « Vous connaissez Vladimir Poutine. Pensez-vous que c’est un tueur ? » « Oui, je le pense », répond-il sans sourciller, la bouche pincée.

VIDÉO. Pour Joe Biden, Vladimir Poutine est un « tueur » et en « paiera le prix »

« C’est celui qui le dit qui l’est », ne tardera pas à rétorquer le président russe, interviewé par la télé d’Etat. Vladimir Poutine invitera aussi Joe Biden à « continuer leur discussion » lors d’un débat télévisé en direct. L’Américain n’a pas donné suite. Entravé par la pandémie, Joe Biden ne s’est pas encore rendu à l’étranger et se concentre sur la situation des Etats-Unis. Mais il ne manque pas de défis, qu’il s’agisse de la Russie, de la Chine, de l’Iran ou de la Corée du Nord.

19 mars : une chute, puis il se relève

Une marche ratée, puis deux, puis trois… Fermement agrippé à la rambarde d’Air Force One, Joe Biden tente d’éviter de s’écrouler dans les escaliers, sans succès. Il se relève immédiatement, se frotte le genou gauche et file dans l’avion après un rapide salut militaire. La vidéo de cette triple chute, alors qu’il embarque pour Atlanta, fait le tour des réseaux sociaux. Les médias se régalent du spectacle, et en particulier la chaîne conservatrice Fox News, qui n’a cessé de souligner la fragilité physique et mentale du président.

VIDÉO. Joe Biden trébuche sur les marches d’Air Force One

L’équipe de communication de la Maison-Blanche vient à sa rescousse. « Il y avait beaucoup de vent. J’ai failli tomber moi-même. Il va bien, à 100 % », assure l’une de ses porte-paroles, la francophone Karine Jean-Pierre. Pendant la campagne, Joe Biden a multiplié les gaffes et s’est fait surnommer « Joe l’endormi » par son prédécesseur. Ces derniers mois, toutefois, le septuagénaire, friand de son vélo d’appartement, s’est montré plutôt en forme lors de ses discours.

25 mars : avec les médias, une relation normalisée

Les journalistes grognaient depuis des semaines : à quand la première conférence de presse du président ? La Maison-Blanche, qui verrouille tout comme à l’époque d’Obama, fera-t-elle preuve de plus de transparence ? Joe Biden finit par s’exécuter et offre un exercice maîtrisé, sans grande annonce. Sur un ton complice, il donne la parole à la trentaine de reporters triés sur le volet, selon un ordre soigneusement préparé. Dans ses tirades, il se montre calme, parfois hésitant. « Est-ce que ma réponse est trop longue ? Je vais peut-être m’arrêter ici », s’excuse-t-il auprès d’une journaliste.

Un contraste majeur avec la première conférence de presse de Donald Trump qui s’était montré beaucoup plus agressif. « Mon prédécesseur ? Dieu qu’il me manque », se risque à plaisanter le 46e président du pays, sans prononcer son nom. Joe Biden ne doit répondre à aucune question sur la pandémie, signe que sa gestion ne fait pas polémique.

Sur le sujet des migrants, il est en revanche sur la défensive. En échouant à reconnaître qu’il existe une crise à la frontière mexicaine, le démocrate commet une grosse erreur.

31 mars : le nouveau « New Deal »

En arrivant à la Maison-Blanche, Joe Biden s’est empressé d’accrocher un portrait de Franklin D. Roosevelt, le père du New Deal, ce gigantesque plan de relance des années 1930. C’est ce modèle qu’il a en tête quand il embarque sous la pluie dans Air Force One. En une demi-heure, l’avion présidentiel l’emmène dans l’ex-fief industriel de Pittsburgh, en Pennsylvanie, son Etat natal. Dans les locaux d’un syndicat de charpentiers, il annonce fièrement 2 000 milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures vieillissantes du pays ! Objectif : créer des emplois et verdir l’économie.

Mais aussi convaincre les Américains que l’Etat fédéral peut améliorer leurs vies. Un pari de taille pour un homme politique qu’on disait centriste, modéré et frileux. « C’est ambitieux ? Oui ! C’est audacieux ? Oui ! Et nous pouvons le faire ! » assène-t-il. Encore lui faudra-t-il composer avec l’opposition farouche des républicains pour le faire voter.

6 avril : le succès de la vaccination

Les Américains l’ont bien compris : quand Joe Biden parle de vaccin à la télévision, c’est pour annoncer une bonne nouvelle. Ce 6 avril ne déroge pas à la règle. Le dirigeant américain se rend dans un centre de vaccination de la ville d’Arlington, tout près de Washington où, toujours masqué, il discute avec les volontaires. Puis, il lâche le chiffre qui rend le reste du monde jaloux : 150 millions de doses ont déjà été injectées en deux mois et demi de mandat. A son arrivée au pouvoir, le démocrate avait promis 100 millions de doses en cent jours. Ses opposants, qui soulignent que la machine a été lancée par Trump, dénonçaient une promesse facile.

Quoi qu’il en soit, les Américains reçoivent le précieux sérum à un rythme impressionnant. Si bien que, dès le 19 avril, tous les adultes y seront éligibles. Là encore, il est en avance sur le calendrier qu’il s’est fixé. Un autre succès majeur de ce début de mandat. La stratégie de communication mise en place par la Maison-Blanche y est pour beaucoup : un point presse quotidien de sa porte-parole, des annonces régulières des autorités sanitaires, et des bonnes nouvelles réservées à la parole présidentielle.

8 avril : le délicat combat contre les armes à feu

C’est le printemps à la Maison-Blanche. Les journalistes sont invités dans le Rose Garden pour évoquer les morts par armes à feu, 43 000 aux Etats-Unis en 2020. C’est Kamala Harris qui prend la parole en premier. Elle fustige le blocage au Congrès – les républicains s’opposent à toute restriction du port d’armes – avant de chanter les louanges du patron. « Tout ce qu’il reste, c’est la volonté et le courage d’agir, et le président Joe Biden a cette volonté et ce courage. »

Une désinfection du pupitre plus tard, et c’est au tour de Joe Biden, concentré, de s’avancer vers le micro. Le président salue les parents d’enfants tués lors de fusillades de masse, comme celle du lycée de Parkland, en 2018. « Je le dis sincèrement, merci d’avoir le courage d’être là et de continuer le combat. » Le démocrate dénonce ce qu’il considère comme une « crise de santé publique » et une « honte internationale ». « Assez, assez, assez », tonne-t-il avant d’annoncer six décrets à la portée réduite. L’un d’entre eux vise à lutter contre les « armes fantômes », fabriquées de manière artisanale sans numéro de série. Rien en revanche sur la vérification des antécédents des acheteurs.

14 avril : Afghanistan, la fin d’une guerre sans gloire

La pluie s’est enfin arrêtée dans le cimetière militaire d’Arlington, en Virginie. La pelouse, sur laquelle s’étendent à perte de vue des milliers de tombes de soldats, et la plus célèbre, celle du président Kennedy, est devenue glissante. Parapluie à la main, Joe Biden s’avance jusqu’à la section 60 du site. C’est là que reposent les militaires qui ont servi en Afghanistan et en Irak.

Le président, chef des armées, s’arrête devant une couronne de fleurs ornées du drapeau américain qu’il empoigne pendant plusieurs secondes, comme il tiendrait les épaules d’un proche en deuil. Le catholique se signe, recule, et porte sa main droite à son front pour saluer le service des soldats. « Je suis toujours médusé par les femmes et les hommes qui sont prêts, génération après génération, à donner leur vie pour leur pays », dit-il aux journalistes. Son propre fils, Beau, avait revêtu l’uniforme en Irak.

Le 14 avril, le président se rend dans la section 60 du cimetière militaire d’Arlington, en Virginie, où reposent les soldats morts en Afghanistan. © Fournis par Le Parisien Le 14 avril, le président se rend dans la section 60 du cimetière militaire d’Arlington, en Virginie, où reposent les soldats morts en Afghanistan.

Quelques heures plus tôt, le chef de l’Etat a annoncé à la Maison-Blanche que les troupes américaines n’auraient pas complètement quitté l’Afghanistan le 1er mai, comme le stipule l’accord négocié par Donald Trump avec les talibans. Leur retrait s’achèvera le 11 septembre, et marquera la fin de la plus longue guerre qu’ait connue le pays. Pour cette annonce, les équipes du président ont choisi la Treaty Room, un bureau situé dans ses appartements privés. Le chef d’Etat se tient devant une fenêtre, par laquelle on aperçoit au loin le mémorial Jefferson. C’est à cet endroit, vingt ans plus tôt, que George W. Bush avait annoncé l’invasion de l’Afghanistan. Joe Biden insiste : il est le quatrième président à gérer ce dossier brûlant, il ne veut pas le transmettre à un cinquième.

Joe Biden : la force tranquille .
Pour la première fois, on le voit en maître des lieux. Nouveau décor, nouveau style : celui que Trump surnommait « Joe l’endormi » a mené tambour battant les cent premiers jours de son mandat. Gestion réussie de la pandémie, plan de relance de 1 900 milliards de dollars, projets d’envergure pour l’action sociale, retour des États-Unis au cœur de la scène internationale… : le plus âgé des présidents américains s’affiche comme l’un des plus audacieux. © Adam Schultz/Maison-Blanche « Oui, je suis une machine à gaffes. Mais le plus qualifié pour diriger ce pays, c’est moi. » C’était le 3 décembre 2018, autant dire il y a un siècle.

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